L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


AMAND René Désiré





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René Amand est né le 7 avril 1906 à Iteuil (Vienne), le troisième d'une famille de 8 enfants. Son père travaille aux abattoirs de Poitiers. Celui-ci est un militant du Parti socialiste (SFIO). 
René et Denise Amand
René Amand habite rue des Trois Rois à Poitiers (Vienne) au moment de son arrestation. 
Il se marie le 27 août 1928 au Blanc avec Denise Thuillier, couturière. Ils ont trois enfants. Il est ouvrier charcutier puis  manoeuvre aux "Routiers Economiques" et enfin métallurgiste. Dans son autobiographie rédigée pour la commission des cadres du Parti communiste en 1938, il décrit ses pérégrinations d'ouvrier charcutier depuis l'âge de onze ans : « Depuis la guerre, j'ai travaillé à Poitiers chez des patrons et par intermittence chez mes parents jusqu'en 1926, date à laquelle je suis parti au régiment de 1927 à 1929. J'ai travaillé à Niort de 1929 à 1934, à Chatellerault de 1934 à 1935, (…) à Bagnères de Luchon [...] c'est depuis mon retour à Poitiers que je travaille dans la métallurgie ». il est monteur en accumulateurs et en charpentes métalliques avant d'être touché par le chômage en 1937 (Maitron).
Sportif, "1,82 m, bien bâti", il a été champion de boxe de la Vienne, président d'une société de boxe. Il a fait des courses de moto.
René Amand est lecteur de l'Humanité depuis l'âge de douze ans. Après avoir milité au SRI (Secours rouge international) à partir de 1932, il est responsable syndical. Il adhère au Parti communiste en 1930 (en juillet 1935 d’après le Maitron). "Orateur écouté", il est secrétaire de la seconde section communiste de Poitiers et membre du comité régional (il a été l'un des organisateurs de la réunion du 7 novembre 1937 au cours de laquelle il est désigné comme secrétaire administratif du Bureau régional du Parti communiste de la région de Poitiers).
Il est candidat aux élections cantonales de 1938 dans le canton de Vouillé.
 

En 1939 il est mobilisé dans l'artillerie.
Pendant l'occupation, il mène ses premiers actes de résistance dès l'année 1940 (notamment en incendiant le parc à fourrage de Poitiers), au sein de l'Organisation Spéciale, puis des FTPF du secteur de Chatellerault-Poitiers. L'attestation des responsables communistes de la Vienne, contresignée par le commissaire de police le 30 mars 1946 indique : il  était "l'un des dirigeants de la Résistance" dans la région. Il se livrait à des "activités de sabotage, de rédaction, d'impression, de transport de tracts et de journaux et [...] a fourni des locaux pour des réunions clandestines", 

Le 23 juin 1941, il est arrêté dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich». Lire dans le blog l’article «L'Aktion Theoderich dans la Vienne», sur l’arrestation des 33 militant-e-s communistes et syndicalistes de la Vienne. Liste et récits des internements à Poitiers et à Compiègne.
Il est enfermé durant 24 heures à la Prison de la Pierre Levée de Poitiers sous autorité de Vichy, puis envoyé au camp allemand de Poitiers la Chauvinerie. Il est transféré le 11 juillet 1941 avec les 13 autres viennois arrêtés le 23 juin au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Sa fille assiste à l'embarquement du groupe, sur le quai, avec de nombreux amis. Elle réussit à l'embrasser à la station suivante.
Lire Les camps de La Chauvinerie et de Compiègne, témoignage sur René Amand

A Compiègne, "
il travaille et prépare le Certificat d’études primaires". En janvier 1942, sa femme reçoit une autorisation de visite à Compiègne. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Du convoi, le 6 juillet, René Amand lance une lettre, qui sera ramassée et postée en Moselle.

René Amand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.




A Birkenau, René Amand est affecté au Kommando Terrasse, "il se dépêchait de faire sa tâche pour aider les autres." Il est abattu pour une prétendue "tentative de fuite" le 14 août 1942 (date officielle de la liste de l’Infirmerie), le 15 novembre selon René Montégut et Louis Cerceau. C'est le motif - dont André Montagne rappelle la formule "Auf der Flucht erschossen". (Lettre, 1984) - qui servait couramment aux SS pour justifier d'avoir abattu un déporté, motif pour lequel ils étaient alors félicités.
Sa soeur, déportée, est morte à Auschwitz le 5 mars 1943 (convoi des "31000"). Son beau-frère, Marcel Lavigne, a été fusillé au Mont-Valérien.
René Amand, homologué Déporté politique a été décoré de la Croix de guerre et de la Médaille militaire à titre posthume.


Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Denise Amand, sa veuve le 20 février 1988.
  • Lettre de son fils, instituteur (1971).
  • Son second fils est membre du Bureau fédéral du PCF.
  • Photo "Denise et René avant guerre" in site internet du PCF de la Vienne
  • Témoignage de Maria Rabaté, ancien député en février 1973 : "Un militant, un patriote".
  • M. Bloch historien en 1973 "remarquable figure du mouvement ouvrier de la Vienne".
  • FNDIRP. R. Jamain (1972 et1989).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Article de Claude Pennetier, Nathalie Viet-Depaule
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
Biographie (en cours de modification, juin 2011) rédigée en 2001 à l’occasion de l’exposition organisée en octobre 2001 par l’AFMD de la Vienne à Châtellerault, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995).
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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