L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BEAURE Albert



Matricule "45214" à Auschwitz

Albert Beauré est né le 24 novembre 1887 à Choisy-le-Roi (département de la Seine aujourd’hui Val-de-Marne), d’un père mégissier et d’une mère blanchisseuse. Il est le fils de Mélanie, Martine Magdelaine, âgée de 32 ans et de Pierre Beauré âgé de 34 ans. 
Ses parents habitent au 34 rue de l'Epinette à Choisy-le-Roi. 
Albert habite à Choisy-le-Roi, au 13 voie des Roses, au moment de son arrestation,
Marié une première fois à Vitry le 7 juin 1911 avec Léontine, Virginie Gresser, il se remarie à Choisy le 16 août 1930 avec Germaine Feunot.
Le 4 octobre 1940, il est arrêté par la police française dans la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de l'ancien département de la Seine (élus, cadres du parti et de la CGT).
Il est interné avec ses camarades au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), près de Mantes, ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy.
En octobre 1941, il est transféré dans un autre camp d’internement français jusqu’à sa remise aux autorités allemandes d’occupation en janvier 1942. 

Celles-ci le transfèrent au camp allemand de détention de Royallieu (Frontstalag 122), à Compiègne, dirigé et administré par la Wehrmacht.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Albert Beauré est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 composé, dans sa presque totalité, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et militants syndicalistes la CGT pour la plupart) et d’une cinquantaine de personnes arrêtées comme otages juifs. Cette déportation d’otages (1170 hommes au moment de leur enregistrement) faisait partie des mesures de représailles, ordonnées par Hitler, pour combattre les « milieux judéo-bolcheviks » que les nazis - et plus généralement les autorités d’occupation – considéraient comme responsables des actions de résistance armée que multiplièrent les communistes à partir d'août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Le 6 juillet, à six heures du matin, Albert Beaure est, avec ses camarades, conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne puis entassé dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. Le train s’ébranle à 9 heures trente.
Depuis le wagon qui les emporte vers Auschwitz, Louis Chevalier de Choisy jette sur la voie un message pour son épouse, dans lequel il écrit « je pars aujourd’hui avec Bourset, Raynal et Beauré, certainement pour l’Allemagne». Il s’agit d’Emile Bourset et d'Adrien Raynal, camarades d’Orly.
Arrivé le 8 juillet à 11 heures à Auschwitz, il est enregistré sous le numéro "45214" au camp central. 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le lendemain, il est emmené à pied avec l’ensemble de membres de son convoi à Birkenau. Ce camp annexe en pleine construction, situé à 4 km au milieu des marais, a été choisi depuis janvier 1942 comme le principal lieu de rassemblement et de mise à mort des Juifs d’Europe.Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A partir de ce moment, on perd la trace d’Albert Beaure. On ignore s’il faisait partie de la moitié des membres du convoi qui retourne, le 13 juillet 1942, au camp central ou s’il reste à Birkenau, aux conditions d’existence plus précaires et encore plus meurtrières.
D’après les registres d’Auschwitz, il est mort le 24 octobre 1942. A cette date, la moitié des compagnons de déportation avait disparu. Il faut savoir que la mortalité à Auschwitz avait atteint son maximum dans le second semestre de 1942 pour tous ceux qui entraient dans l’espace concentrationnaire d’Auschwitz : 20 % des détenus (« juifs aptes au travail », détenus politiques ou autres), mourraient chaque mois. De quoi est mort Albert Beaure, on l’ignore à ce jour ? On sait que comme ses compagnons de misère, il a dû affronter la sévérité du climat continental, la pesanteur et la longueur du travail forcé, le manque de repos et de nourriture, les brutalités de ses gardiens et l’atmosphère de terreur et d'humiliation imposé par les SS. Les détenus d’Auschwitz mourraient d'épuisement, du typhus, de la malaria, de la tuberculose et d'autres maladies non soignées que favorisaient la dénutrition et l'absence totale d'hygiène et de soins. 

D’autres étaient assassinés par des SS ou par les détenus qui leur servaient d’auxiliaires. Un grand nombre des déportés du convoi du 6 juillet 1942 ont été pris dans les « sélections » qui avaient lieu régulièrement à l’intérieur du camp et qui condamnaient les détenus, qu’ils soient juifs ou non, et parce que jugés «inaptes au travail», à mourir dans un block de l’infirmerie par piqûres de phénol dans le cœur ou dans les chambres à gaz de Birkenau. Des centaines de « 45000 » sont ainsi morts gazés.
Une mention marginale de l’acte de naissance d’Albert Beaure indiquait encore en 1992 : «décédé à Compiègne le 6 juillet 1942 », ce qui montre qu’au moment de l’établissement de son acte de décès, on ignorait même qu’il avait été déporté.
Sources
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
Biographie réalisée en mai 2007 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005.
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