L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


Hommage à André Montagne


André Montagne avait souhaité que ce soit moi qui « parle de lui » lors de ses obsèques. On lira ci-dessous cet hommage prononcé le 17 mai 2017 au cimetière du Père Lachaise en présence de son épouse Pauline.
Ont ensuite tour à tour pris la parole avec émotion : Serge Frydman, co-créateur du « Comité Pour la Mémoire d’Auschwitz » (CPMA),  Yves Jégouzo président de l’Association « Mémoire vive des convois des 45.000 et 31.000 d'Auschwitz-Birkenau» et Raphaël Ezraï, président de l’« Union des déportés d’Auschwitz » (UDA).
Parmi l’assistance : son camarade de déportation Fernand Devaux, âgé de 95 ans, désormais le seul survivant du convoi du 6 juillet 1942, Yvette et Claudine Ducastel (veuve et fille de Lucien Ducastel), des enfants et petits enfants de « 45.000 » et de « 31.000 », la fille adoptive d’André, Claude Spaperi, la famille de Pauline Montagne.

Claudine Cardon-Hamet

André Montagne, s'est éteint dans son sommeil au matin du vendredi 12 mai 2017. Il était dans sa quatre-vingt-quatorzième année. Lorsqu'il apprit, en 2010, qu'il était atteint de la redoutable maladie d'Alzheimer, il a regardé la mort en face - comme il avait dû et su le faire, à 19 ans en raison de sa déportation à Auschwitz,  le 6 juillet 1942 -. Dès ce moment, André a minutieusement organisé sa disparition. Il a transmis ses archives. Et s'est tourné vers moi pour que je sois « celle qui parlerait de lui » au moment de cet ultime adieu. 
André n'aimait pas se raconter, ni se mettre en scène au point qu'il acceptait rarement de témoigner en public sur sa déportation – lui qui a consacré tant de temps et tant d’énergie pour faire connaître l'histoire de son convoi et pour qu’hommage soit rendu à ses camarades de souffrance.
J’ai rencontré André Montagne pour la première fois, en juin 1986 lorsqu’il est venu me solliciter pour mener à leur terme les recherches sur l’histoire de son convoi, commencées en 1970 par Roger Arnould, ancien déporté de Buchenwald et documentaliste à la FNDIRP. Tirant partie des premières découvertes de Roger Arnould, André avait rédigé un long et remarquable article sur cette déportation singulière et largement ignorée.  Le quotidien « Le Monde » publia cet article le 20 juin 1975. Quand les forces de Roger Arnould diminuèrent, André dût se résoudre, avec l’aide de Marie-Elisa Cohen, déportée à Auschwitz le 24 janvier 1943 au titre de la Résistance, à se mettre en quête d’un historien - ou d’une historienne - capable de faire aboutir le projet initial de Roger d’Arnould : écrire un livre de niveau  universitaire sur le convoi des « 45 000 », ainsi nommés en raison de la série de leur immatriculation à Auschwitz.
On ne peut parler d’André sans donner une large part à l’évocation de sa déportation. Dès notre première rencontre, il m’avait dit une chose surprenante. « Ma déportation à Auschwitz a été une véritable chance pour moi ». C’est en apprenant à le connaître pendant les longs moments où il m’a accompagnée dans les centres d’archives, et en reconstituant le parcours de sa vie pour écrire sa biographie, que j’ai compris qu’il ne s’agissait nullement d’une boutade.
Je ne donnerai que quelques éléments de son parcours car sa biographie est accessible sur plusieurs sites Internet : celui de l’association « Mémoire Vive des convois des « 45 000 » et des « 31 000 » d’Auschwitz-Bikenau », sur celui du « Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah-Amicale d’Auschwitz » et bien entendu sur le blog que j’ai créé avec Pierre Cardon, mon mari, sous le titre « Déportés Politiques à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 ».
André était issu d’une famille ouvrière de Caen. 
Il avait été fortement marqué par la personnalité de son père, qui travaillait à la Société métallurgique de Normandie, (la SMN) à Mondeville. Parfois, il l’accompagnait dans les réunions de la section syndicale CGT dont son père était trésorier. Il y côtoyait des militants de valeur, attachés à la dignité et à la défense des droits des ouvriers, à l’esprit de solidarité et au rêve d’une société plus juste et plus humaine.
En 1939, à l’issue de ses études secondaires, André avait travaillé d’abord comme postier-auxiliaire, à Caen-gare jusqu’au 10 juillet 1940, puis comme électricien avec son père, qui, en raison de son licenciement de la SMN pour fait de grève, le 30 novembre 1938, était devenu un électricien indépendant. 
Membre des Jeunesses communistes, André avait continué d’y militer clandestinement après l’interdiction des organisations communistes le 26 septembre 1939.
C’est à ce titre qu’il est arrêté le 28 janvier 1941, par la police française. Inculpé, avec 7 de ses camarades, pour «reconstitution de ligue dissoute, propagation des mots d’ordre de la IIIe Internationale, détention de tracts et collage de papillons», il est condamné à 8 mois de prison puis libéré le 31 juillet 1941. Connu désormais par la police française comme un « communiste actif depuis l’Armistice », il entre dans les critères de l’occupant pour la désignation des otages destinés à être fusillés ou déportés, en représailles des attentats et des sabotages organisés par de petits groupes de résistants communistes à partir de l’été 1941. Les 16 et 30 avril 1942, le train de permissionnaires allemands de la ligne Maastricht - Cherbourg déraille. Le bilan total est lourd parmi les soldats allemands : 38 morts et 41 blessés. Hitler ordonne l’exécution massive d’otages et la déportation de 1000 communistes. Des dizaines d’arrestations de communistes et de Juifs ont lieu dans le département du Calvados au cours des premiers jours de mai. Des otages sont fusillés.
80 autres otages (communistes, Juifs, opposants au nazisme) doivent à leur tour être exécutés. André Montagne fait partie de ceux-là. Mais peu de temps avant leur départ pour le camp de Compiègne le 5 mai, un officier allemand leur apprend qu’ils ne seront pas fusillés, mais déportés. 
André quitte le camp puis la gare de Compiègne, le 6 juillet 1942, dans un convoi qui rassemble 1175 hommes - dont un millier de communistes et une cinquantaine de Juifs - au nom de la lutte contre le « Judéo-bolchevisme » jugé responsable au yeux de Hitler des attentats et de des sabotages. 
Avec les exécutions massives d’otages qui se poursuivront, ce convoi fait partie du dispositif de représailles contre les débuts de la lutte armée communiste.
Le train arrive à Auschwitz, le 8 juillet 1942. 
Il est impossible ici d’évoquer les deux années de détention d’André Montagne au camp principal d’Auschwitz, son évacuation et sa libération par l’armée américaine le 5 mai 1945. Mais on peut compléter les biographies que j’ai citées par la lecture de l’un de mes deux livres : « Mille otages pour Auschwitz » et « Triangles rouges à Auschwitz » pour comprendre ce qu’il a enduré. Rapatrié par l’armée française, André est conduit à l’hôtel Lutétia le 25 mai 1945. Il a alors 22 ans et demi. Il faisait partie des 119 rescapés du convoi sur les 1170 qui entrèrent dans le camp d’Auschwitz le 8 juillet 1942. 
Aujourd’hui il n’en demeure plus qu’un seul, Fernand Devaux, présent à cette cérémonie.
De sa détention à Auschwitz, je ne retiendrai que quelques moments forts qui permettent de comprendre quel fut le comportement d’André Montagne dans ce camp destiné à déshumaniser et à détruire. J’ai souvent interrogé André sur les raisons de sa survie. 
Ses réponses ont été multiples. Il m’a dit : la chance, le hasard. Il m’a dit qu’au moment de l'interrogatoire d'identité, à Birkenau, il s’était déclaré électricien car il avait acquis auprès de son père, des notions suffisantes pour réussir le test de validité (une épissure) qu’on lui fit subir. Ce qui lui valut d’entrer dans un Kommando du camp principal au lieu d’être affecté au camp secondaire de Birkenau au régime encore plus meurtrier. Il m’a dit aussi qu’à son âge, il pensait qu’il ne pourrait pas mourir. Qu’à 20 ans, on se croit immortel.
Il avait cette envie de vivre qui favorise l’initiative et décuple les forces.
Il m’a aussi beaucoup parlé de solidarité. Une solidarité quasiment impossible à concevoir et à organiser à Auschwitz, en particulier en 1942. Mais il m’a dit qu’il avait été en contact, dès octobre 1942, avec des membres du Comité international, un réseau de solidarité et de résistance, récemment créé par quelques détenus communistes autrichiens et allemands des Sudètes, autour d’Hermann Langbein, Ernst Burger…. Ces hommes très aguerris dont, certains avaient fait la guerre d’Espagne dans les Brigades internationales et avaient internés à Dachau, voulaient sauver le maximum de vies possibles en organisant la solidarité entre détenus sur la base de leur nationalité. Ils devaient donc s’assurer du concours d’hommes courageux et loyaux, susceptibles de porter secours à leurs camarades. 
Grâce à son ami Robert Lambotte, André avait reçu des rations supplémentaires de nourriture volée aux SS pour qu’avant tout, il reprenne quelques forces. Ce qui ne l’a pas empêché de tomber malade à plusieurs reprises : d’une double-pneumonie, du typhus …, Mais il avait été chaque fois sauvé au « Revier », l’infirmerie,  par un des dirigeants du «Comité international» grâce à des médicaments volés à l’infirmerie SS. De plus, André était caché avec quelques autres détenus dans la cave du bâtiment, qui servait de morgue, pour échapper au « verdict » des médecins SS qui venaient dans les Blocks d’infirmerie, pour y « sélectionner » les détenus les plus faibles pour les destiner aux chambres à gaz.
Une fois rétabli, André avait été est convoqué par Hermann Langbein, secrétaire du médecin chef de la garnison SS, et l’un des dirigeants du Comité international. Quelques jours plus tard, il était désigné comme infirmier au Block 20 de l’infirmerie. Entre mars et septembre 1943, André avait pour mission de prendre soin des malades, en particulier de ceux qui comprenaient le français, et de tenter de les soustraire aux «sélections» meurtrières. J’ai eu le privilège d’interroger Hermann Langbein au cours de mes recherches, grâce à André. Je lui ai demandé comment, lui et ses amis résistants, faisaient pour choisir ceux sur lesquels ils pourraient compter. C’était chose risquée car toute trahison les aurait conduits à la mort. Il m’a répondu que c’était une question de flair. 
Que le régime du camp mettait les hommes tellement à nu qu’il était aisé de les juger en regardant comment ils se comportaient avec leurs gardiens et avec les autres détenus.  
D’autres facteurs favorables à la survie pourraient être mentionnés. Il eu notamment la mystérieuse quarantaine des détenus politiques français survivants (environs 140 pour les « 45 000 ») au premier étage du block 11 entre le 14 août et le 12 décembre 1943 qui les isola du régime du camp, des brutalités des SS et du travail harassant. Il y eu aussi le droit d’écrire et de recevoir des colis de nourriture accordé aux détenus politiques d’Europe occidentale et qui fut appliquée à Auschwitz à partir de juillet 1943.
A son retour en Normandie, en 1945, André était très amaigri. Il a eu à cœur de renseigner les familles de ceux qui n’étaient pas rentrés.  Il témoigna de la mort du poète Benjamin Fondane, qu’il avait vu partir pour la chambre à gaz, dans un article paru le 26 avril 1946 dans «Les Lettres Françaises», journal littéraire créé par des résistants en 1942. Dans les années 1950,  André Montagne reçu la carte de «Déporté politique» puis, celle de «Déporté Résistant».
Dans les années d’après-guerre, André vint habiter à Paris où il retrouva Pierre Béteille qu’il avait connu au camp de Compiègne entre mai et juillet 1942. Il en devint  le secrétaire.  Pierre Béteille (financier touche-à-tout, acteur, imprésario d’Orson Welles et de Georges Moustaki, directeur du théâtre Edouard VIl de 1944 à 1951, président du PUC), avait aussi  investi dans l’aménagement de la station de sports d’hiver de Châtel (Val d’Abondance). Cette fonction aux occupations diverses et aux domaines très variés ouvre à André Montagne de nouveaux horizons tant dans le domaine intellectuel que professionnel. Pour parfaire sa formation, il suit des cours du soir. Dans les années 1960, il entre aux éditions Hachette où il a la charge des « Guides bleus » puis  de « Hachette littérature ». 
André et Pauline à Saint Malo en 2006
C’est là qu’il rencontre son grand amour Pauline Allez qu’il épouse. Il termine sa carrière comme contrôleur de gestion.
Pendant sa retraite, André Montagne mutiplie ses activités au service de la Mémoire de la déportation à Auschwitz et de l’histoire de son convoi. Il fait partie des quatre "45.000" qui créent au cours des années 1970, un petit comité chargé de maintenir la liaison entre les rescapés et les familles des 45000 disparus, d'organiser des commémorations et des visites des camps d'Auschwitz et de Birkenau. Ses compagnons étaient Fernand Devaux, Lucien Ducastel et Roger Abada, remplacé après sa mort par  Georges Dudal. 
Cette organisation fut à l'origine de la création de la très active association « Mémoire Vive des convois des 45000 et des 31000 d'Auschwitz-Birkenau» en 1996.  
Il est, avec David Badache (déporté dans le même convoi que lui comme otage Juif), à l‘initiative de l’installation à Caen, en 1982 d’une plaque rendant hommage aux otages caennais et calvadosiens arrêtés en mai 1942 avant leur transfert à Compiègne. 
André Montagne fut Secrétaire général-adjoint de l’Amicale d’Auschwitz durant les années 80. Et également vice-président du Comité International d’Auschwitz entre 1984 et 1993. 
Le 7 janvier 2004, il est décoré chevalier de la Légion d’honneur par Gisèle Guillemot, caennaise déportée-résistante.
André Montagne n’est plus. 
Il était quelqu’un de bien. Sa grande modestie cachait un homme d’une grande valeur humaine, faite de courage et de loyauté, d’intérêt et de gentillesse pour les autres, alliée à une vive intelligence et une vaste culture. Durant les longues et douloureuses années qui me furent nécessaires pour écrire l’histoire du convoi des « 45 000 », Il m'a apporté une aide sans limite et une confiance sans failles. Il était devenu un ami très proche, presque un frère malgré notre différence de génération.

André Montagne est de ceux que l’on ne peut oublier.

Avis de recherche des évadés du 22 juin 1942 par le tunnel du camp de Compiègne.


Les rescapés du convoi du convoi du 6 juillet 1942 se souviennent tous de l’évasion du mardi 22 juin 1942 : 19 militants et responsables communistes du camp allemand de Royallieu à Compiègne s’évadent par un souterrain de quarante mètres.
On trouvera dans l’article publié dans ce blog le récit de cette évasion : 22 juin 1942 : évasion de 19 internés.
Pour ne pas alourdir cet article déjà très long, nous publions ci-dessous 12 avis de recherche en date du 4 juillet 1942, adressés par le directeur général des RG à tous services (police municipale, police judiciaire et police nationale). 

Adrien Bermand et Georges Cogniot
Prière d'afficher. "A la demande des Services de Police Allemande, il y a lieu de rechercher très activement les individus ci-après désignés, tous militants communistes actifs et dangereux, qui se sont évadés dans la nuit du 21 au 22 juin 1942, du Stalag 122 à Compiègne".

Les évadés 

Georges Cogniot, ex «Lagerältester» (doyen) du camp de Compiègne. Agrégé de lettres, député, représentant du PCF auprès du Komintern, il est rédacteur en chef de l’Humanité de 1937 à 1939 ; André Tollet (tapissier, secrétaire de l’Union régionale parisienne CGT en 1939, il sera président du Comité Parisien de Libération, secrétaire de la CGT) ; 
Charles Désirat (dessinateur, communiste, dirigeant national du Secours populaire en 1939, il sera secrétaire général du Secours populaire de 1948 à 1950) ; 
Louis Thorez (peintre en bâtiment, communiste, frère cadet de Maurice Thorez) ;
Adrien Bermand (mineur de fer, syndicaliste, membre du bureau régional du Parti communiste de Meurthe-et-Moselle) ; 
Roger Bonnand ; 
Jules Crapier, Charles Désirat, Edouard Gaire
Jules Crapier (secrétaire général de la fédération CGT des cheminots) ; 
Robert Gangné (Fort des Halles, « chef des travaux » du camp) ; 
René Guerre (souvenirs d’André Tollet) ou plus vraisemblablement Edouard Gaire (fiche  de recherche des RG pour les évadés du 22 juin) ; 
Henri Kesteman (journaliste à l’Avant-garde, membre de la direction nationale de la JC en 1939, rédacteur en chef de l'Avant-garde en 1945) ; 
Maurice Lauriguet (de Côte d’Or. Il y sera un des responsable des FTPF en 1943) ; 
Robert Gangne, Henri Kesterman, Maurice Lecointe

Maurice Lecointe (secrétaire de la section du PCF de Sceaux en 1939) ; 
Henri Le Gall (militant communiste de Gennevilliers, ouvrier à la Compagnie du gaz à Clichy, délégué CGT); 
Maurice Léonard (ancien conseiller général de La Courneuve) ; 
Lucien Plu (conseiller municipal d’Ivry) ; 
René Renard (militant communiste né à Saint-Quentin en 1886. Tourneur sur métaux, puis électricien aux Compteurs de Montrouge) ; 
Rossignol (ancien lieutenant de la 4ème Brigade internationale en Espagne) ; 
Etienne Sacco, Edmond Savenaud, Louis Thorez
Étienne Sacco (de Clichy,  commissaire politique du bataillon Franco-Belge de la 15ème Brigade internationale en Espagne) ; 
Edmond Savenaud (maçon, communiste à Argenteuil, ancien des Brigades internationales : commissaire de compagnie, et commissaire adjoint de bataillon en Espagne) ; 
Camille Thouvenin et André Tollet

Camille Thouvenin (mineur, secrétaire du syndicat CGT des mineurs de Chaligny (Meurthe-et-Moselle), membre du comité régional du PCF. Arrêté en avril 1940, il s’évade en juin 1940. Repris à Auboué en juillet 1941. Evadé de Compiègne, il sera résistant en Normandie, à Grenoble, puis dans l’Ariège. Il participe en 1944 à l’organisation de l’insurrection dans ce département et devient vice-président du comité départemental de Libération).
André Tollet (tapissier, secrétaire de l’Union régionale parisienne CGT en 1939, il sera président du Comité Parisien de Libération, secrétaire de la CGT) ;

Sources : Archives de la Préfecture de police de Paris. Brigades spéciales (BS1) et toutes sources citées dans l’article : 22 juin 1942 : évasion de 19 internés.

Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon

Le bombardement du camp de Compiègne, dans la nuit du 23 au 24 juin 1942



Le camp de Royalieu à Compiègne.
A 1 heure 30 du matin le camp est bombardé par un ou deux avions, non identifiés. 
Plusieurs 45000 ont  décrit ce bombardement et ses conséquences.  
Le bombardement s'est produit deux jours après l’évasion, dans la nuit du 21 au 22 juin, par un souterrain de quarante mètres, de 19 responsables et militants communistes . Lire dans ce blog : 22 juin 1942 : évasion de 19 internés.  Ils considèrent que ce bombardement fait partie des représailles allemandes à l'évasion. Des sanctions avaient été prises dès le 22 juin. 

Punitions et représailles
André Poirmeur : « Compiègne 1939-1945 », Telliez 1968, page 128 : « Le lendemain Jaeger déchaîné lança ses chiens sur la piste des fuyards, sans succès. Des généraux dont von Stulpnagel et un état-major d'officiers nazis vinrent enquêter sur place étant donné la personnalité des évadés et furent stupéfaits par le magnifique travail accompli. Le Kommandant Pelzer et le Feldwebel jurèrent qu'on ne les y prendrait plus et infligèrent des sanctions rigoureuses à l'ensemble des internés considérés comme complices : trois heures de marche par jour dans le camp, mise au secret, brimades de toutes sortes furent leur lot pendant plus d'un mois ».
Henri Gaget : Comme sanction, nous eûmes la suppression du théâtre, des cours, conférences, jeux, sports, des pelles, réchauds etc… Le courrier fut limité à une lettre et deux cartes par mois. On nous fit déménager à nouveau du bâtiment 6 et loger 52 par chambre, où il doit y avoir 16 soldats ».

Témoignages sur le bombardement du camp

Sur les 14 bombes comptées par Henri Gaget , 13 sont tombées sur le camp des politiques, dont une à retardement, ce qui fait du camp A la cible principale et ont endommagé deux bâtiments (A3 et A5) faisant des blessés parmi les internés, dont Télesphore Lalouette et Gaston Vergne
Une seule bombe a touché le camp anglo-saxon. Elle est tombée sur les bâtiments B5 et B6, faisant trois morts et de nombreux blessés.
Par ailleurs, dans l’hypothèse (rarement retenue) où il aurait pu s’agir d’un bombardement anglais, il convient de souligner que les bombardements menée par la RAF en France en 1942 visent essentiellement des nœuds ferroviaires et des usines travaillant pour l’armée allemande.
Le bombardement des usines Renault des 3 et 4 mars 1942 est de plus suivi deux jours plus tard d’un lâcher de tracts qui mettent en cause les productions de chars réalisées à Billancourt et livrées aux Allemands, et annoncent la destruction de toutes les usines travaillant pour le Reich.

Exceptées les citations du livre d'André Poirmeur, tous les témoignages qui suivent proviennent des futurs déportés du convoi du 6 juillet 1942.

André Poirmeur écrit (« Compiègne 1939-1945 », Telliez 1968, p. 119) « Des avions inconnus (mais chacun était convaincu qu’ils étaient allemands et usaient de représailles au lendemain de la fameuse évasion des 19 communistes) larguèrent dans ce secteur anglo-saxon vers deux heures du matin, plusieurs bombes qui endommagèrent les bâtiments B5 et B6 ».

André Poirmeur (id. page 128) : « La nuit suivante, un avion inconnu larguait à basse altitude ses bombes sur le camp qui endommagèrent les bâtiments B1 et B2. Les internés ne bougèrent pas. Par expérience. Ils s'étaient persuadés qu'il s'agissait de représailles et que des gardes-chiourmes les attendaient à la sortie pour les massacrer. Vraisemblablement ».
Marcel Cimier : « Les recherches pour les retrouver restèrent vaines. Aussi les Allemands se vengèrent-t-ils » (…) « En pleine nuit, il était à peu près une heure du matin, tout le monde dormait, nous fumes littéralement arrachés, soulevés de notre lit par une série d’explosions ».
André Poirmeur mentionne deux morts, deux américains (William Johnson et Edward Nitting), tout comme Pierre Monjault  qui raconte le bombardement «de la part des Allemands, qui fit deux morts ».
Marcel Cimier « deux américains trouvèrent la mort et plusieurs autres furent blessé » et
René Maquenhen « dans le camp américain, il ne tomba qu’une seule bombe qui fit deux victimes ». Mais René Aondetto et Maurice Foubert ont donné le chiffre de trois morts dans des écrits contemporains de l’évènement, ainsi que Mlle Pourvoyeur, assistante de la Croix Rouge, dans une lettre à Mme Varenne, le 25 juin 1942 (fonds Georges Varenne, MRN Champigny). Henri Gaget  écrit également "Il y eut deux morts et des blessés, dont un mourut le lendemain ». Lettre jetée du train le 6 juillet 1942, voir ci-après.
Lucien Colin dans le journal qu’il tient au jour le jour entre le 9 mai et le 4 juillet a relaté l’évasion et le bombardement. « à 1 heure ce matin, réveil en sursaut. Un chapelet de bombes tombe pas loin. Une heure plus tard une autre explosion. Réveil à 6 h 30. Nous apprenons que le camp a été bombardé : chez les américains, une bombe sur le B5 3 morts et 5 blessés. Chez nous entre le A3 et le A4, une bombe assez grosse, à retardement qui a explosé une heure après être tombée. Une bombe sur le A3. 2 blessés chez nous ».
Henri Asselineau  transféré de Fontevrault par le train le lundi 21 juin 1942, arrive à Compiègne le mardi 22 juin à 11 heures. Le jour même où a lieu la fameuse évasion par le tunnel de militants et de dirigeants du Parti. Il connaît le bombardement de représailles du surlendemain matin qu’il mentionne ainsi dans sa première carte à son épouse : un «brutal réveil».
Georges Varenne selon le témoignage de Mlle Pourvoyeur, assistante de la Croix Rouge  «est sorti indemne, alors que sa fenêtre a été arrachée et que tout a croulé autour de lui. Retiré brusquement de son sommeil, il a porté vivement secours à ses camarades blessés et les a transportés à l’infirmerie».
C’est  Henri Gaget qui a relaté de façon la plus précise le bombardement : « Dans la nuit du 23 au 24, nous fûmes réveillés par une explosion formidable après avoir entendu un avion. Celui-ci venait de lâcher 14 bombes sur le camp. Le lendemain matin, c’était beau ! Il n’y avait plus une vitre et les bâtiments étaient dans un drôle d’état, surtout le A3 et le A4. Une bombe à retardement avait explosé 1 heure et demie après le bombardement et crevé les canalisations d’eau et le courant. Dans notre camp 13 bombes étaient tombées. Par une chance inespérée, il n’est est tombé qu’une sur le bâtiment A3 et le A4, les autres sur le terrain. Il n’y eut que quelques blessés légers. Il n’en fut pas de même pour le camp américain, voisin du nôtre, où la seule bombe tomba sur un bâtiment et explosa dans une chambre. Il y eut deux morts et des blessés, dont un mourut le lendemain. Ce bombardement aurait pu être terrible et c’est un miracle qu’il n’y ait pas eu plus de morts ».
Marcel Cimier a écrit quatre pages dactylographiées sur le camp de Compiègne, dont deux pages sur l'évasion des 19 et le bombardement du camp. Il a compté 12 bombes et donne des précisions sur leur calibre. « Des séries de petites bombes qui s’emploient contre l’infanterie avaient été lancées et avaient fauché l’herbe telle que l’aurait fait une faucheuse à gazon ». Il mentionne plusieurs autres grosses bombes. « Dans notre camp, deux bombes de fort calibre tombèrent sur un bâtiment, mais explosant sur une poutre en fer à hauteur du plafond ne causèrent que des dégâts matériels. La seconde de cinquante kilogrammes au moins, avait explosé entre deux bâtiments, c’était celle à retardement dont nous avons entendu la détonation vingt minutes plus tard. Un entonnoir de 3 mètres cinquante rempli d’eau se dessina entre ces deux bâtiments, une chose miraculeuse nous avait protégé car nous n’avions à déplorer que deux blessé superficiels » De ce bombardement est attribué par la presse locale collaborationniste à la RAF, il écrit " mais aucun de nos camarades ne se méprit sur l'auteur de cet attentat criminel. Les allemands devaient être furieux d'avoir raté leur coup ! ". En fait un seul parmi les témoignages des 45.000, Maurice Foubert, pense qu’il s’agit d’un bombardement anglais (3).
René Besse in « Mille et neuf jours » les ardents éditeurs, p.101 : « Pour finir le camp reçut un chapelet de bombes lâchées en représailles deux nuits après ».
René Maquenhen raconte le bombardement de représailles après l’évasion : "Nous ne savons pas encore si c’est par réprimande, un avion est venu nous arroser de bombes. Nous en avons compté douze. Quelques unes tombèrent sur les bâtiments (…) et ce fut une vraie défaite (pour les Allemands) car cela aurait pu être pire. Dans le camp américain il ne tomba qu'une seule bombe qui fit 2 victimes" (1).
René Bordy : (lettre du dimanche soir 5 juillet, jetée du train le 6) : « Nous avons été bombardés, c’est incroyable : il y aurait dû y avoir cinq cent morts, il n’y en a eu que 4 ».

Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon.

Note 1 : « L’évasion fait grand bruit dans le camp et à l’extérieur. Le général Von Stülpnagel, commandant militaire en France, vient enquêter et annoncer des mesures de représailles » (p. 13 du Livret réalisé par le Service Départemental de l’Oise de l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre), et Poirmeur page 128.
Note 2 : Il y a 24 baraques de 60 mètres de long et 15 mètres de large, qui s’alignent selon un plan en « U ». La Luftwaffe utilise 3 aéroports de l’Oise en 1942 (Gouvieux, Creil et Persan-Beaumont) tous trois situés à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Compiègne, ce qui pourrait expliquer la trajectoire diagonale des impacts sur les bâtiments A3-A5 et B5-B6.
Note 3 : Concernant les bombardements et mitraillages aériens de l’année 1942 dans l’Oise, la Société Archéologique et Historique de Clermont-en-Beauvaisis les a recensés (Jean Alfroid, compte rendus SAHC in BNF Gallica). Il y a eu 24 bombardements et 14 mitraillages. Ils sont tous attribués à la RAF, excepté celui du 24 juin : «un avion de nationalité inconnue jette des bombes sur le camp de Royallieu, il y a trois morts et quatre blessés » (1 232 W 3006). Le même jour la RAF a bombardé un nœud ferroviaire important à Abancourt au sud-ouest d’Amiens.
« Au cours de 1942, les bombardements de l'Oise n'ont été exécutés qu'avec de faibles moyens, un ou deux avions, cinq ou six tout au plus, volant généralement à basse altitude. Peu de bombes lancées ; souvent quelques unités, au maximum 30 à Garnies, dans l'ensemble des bombes de petits calibres. Les usines de la Salpa à Pont-Ste-Maxence inaugurent la série le 2 avril avec une bombe. Les usines de St-Gobain à Rantigny, la Salpa et la Papeterie à Pont-Ste-Maxence, la Nourylande à Venette, la Cartonnerie Chouanard à Etouy, la Sucrerie de St-Just-en-Chaussée, reçoivent quelques bombes occasionnant très peu de victimes et encore moins de dégâts. Les voies ferrées sont plus particulièrement visées à Cannes le 2 mai ; à Abancourt, noeud ferroviaire important, les 24 juin et 31 juillet. Mitraillage de train et locomotives à Abancourt, Rivecourt, Crèvecœur-le-Grand, Breteuil, Saintines, etc ». 

Le camp de Choisel. Hommage aux internés et fusillés. Les photos de Maurice Guy


Neuf internés au camp de Choisel-Châteaubriant sont déportés à Auschwitz, dans le convoi du 6 juillet 1942. Lire dans ce blog l’article «  Du camp de Choisel à Auschvitz, via Compiègne ».  
Maurice Guy à Choisel

L’un d’eux, Maurice Guy fait parvenir à son épouse une série de photos et de négatifs pris au camp de Choisel et sur lesquels figurent des internés qui seront fusillés le 22 octobre 1941 ou plus tard, comme Pierre Rigaud, le 7 mars 1942, ou encore déportés. Ces documents été transmis à son petit-fils.
Camp de Choisel. Photo légendée par Maurice Guy
Si deux photos - légendées de sa main au verso (ci-contre et ci-dessous) -, sont identiques à la collection de Daniel Tamanini publiées par l'Amicale de Châteaubriant, d’autres semblent totalement inédites (il s’agit en effet de négatifs à partir desquels Olivier Guy a réalisé des tirages). 
Au verso de la première photo (1), Maurice Guy a mentionné les noms de 14 internés au camp de Choisel à l’été 1943. Il a connu la plupart d’entre eux à Gennevilliers, à Fontevraud ou à la maison centrale de Clairvaux. Avec une accolade, il indique que 6 de ses camarades ont été fusillés à Châteaubriant ou à Compiègne. 
1. Jean Grandel, 50 ans, employé des PTT, maire communiste de Gennevilliers, conseiller général communiste de la Seine, secrétaire de la Fédération postale de la CGT. Maurice Guy, conseiller municipal de Gennevilliers depuis 1934, a milité avec lui.
2. Guy Môquet, 17 ans, fils de Prosper Môquet. Interné à Clairvaux, puis à Choisel, fusillé le 22 octobre 1941. Il refuse que ses camarades intercèdent en sa faveur en raison de son jeune âge. « Je suis communiste autant que toi » déclare-t-il au docteur Ténine.
3. Jean-Pierre Timbaud, secrétaire de la Fédération des Métaux CGT de la Région parisienne. Interné à Clairvaux, puis à Choisel, fusillé le 22 octobre 1941.
4. Maurice Ténine, conseiller municipal communiste de Fresnes. Interné à Clairvaux, puis à Choisel, fusillé le 22 octobre 1941.
5. Victor Renelle, ingénieur-chimiste, chef de laboratoire, syndicaliste sans-parti, créateur du syndicat des techniciens des industries chimiques. Interné à Clairvaux, puis à Choisel.. A Châteaubriant il refuse une libération qui aurait comme condition de devoir travailler pour les Allemands. 
6. Pierre Rigaud, secrétaire de Maurice Thorez, transféré de Clairvaux à Châteaubriant, puis au Frontstalag 122 à Compiègne, où il est fusillé le 7 mars 1942.

Les noms des 14 internés connus de Maurice Guy
Les 8 autres internés.

7. Maurice Simondin : ouvrier tourneur ; secrétaire des Jeunesses communistes de Gennevilliers en 1939. Transféré à Voves, il est responsable du bâtiment des douches. C’est de là qu’est creusé un souterrain de 130 mètres de long. Dans la nuit du 5 au 6 mai 1944, il s’évade en compagnie de quarante et uns autres internés. Secrétaire de la section du PCF de Gennevilliers de 1945 à 1955 ; conseiller municipal puis adjoint au maire de Gennevilliers (Le Maîtron).
8. Guérino Scolari : « Rino », militant communiste, tourneur, interné à Clairvaux, puis à Choisel, est transféré au camp de Voves d’où il s’évade avec deux autres internés en chloroformant le gendarme qui s’occupait des cochons le 10 février 1944.
Il reprend immédiatement contact avec les FTPF et devient successivement chef de détachement, de bataillon, de région. Le 17 juin 1944, homologué Lieutenant-colonel par le Général Koenig (sous le nom de Colonel Froger), il fait partie de l’Etat-major du Colonel Rol-Tanguy et joue un grand rôle dans l’organisation de l’insurrection parisienne.
9. Roger Sémat : un des plus jeunes internés communistes, avec Guy Môquet avec lequel il s’est lié d’amitié.
10.Jean Mercier : militant communiste de Clichy-la-Garenne. Parain de Guy Môquet, qui le cite dans ses lettres d’adieu, il fut maire de Clichy à la Libération, jusqu’en 1947. Conseiller général jusqu’en 1959.
11. Jean Martin : Militant communiste de Choisy-le-Roy. Déporté au camp de Neitzweiler-Struthoff le 24 janvier 1943. Rescapé.
12. Le Naourès : Il est peut-être le frère ou l’époux de Marie Le Naourès, de Limeil- Brévannes, incarcérée en juillet 1942 à la prison, décédée des suites des mauvais traitements peu après sa libération, en 1945.
13. René Sentuc : chauffeur de taxi, militant syndicaliste CGTU, militant communiste. Conseiller municipal de Malakoff de 1929 à 1940. Interné à Clairvaux, puis à Choisel, il est transféré au camp de Voves, d’où il s’évade en 1943. Repris, il s’évade à nouveau, le 6 mai 1944. Commissaire (capitaine Bernard) d’un effectif FTPF dans la région Paris-Sud, il est muté ensuite à l’état-major du colonel Fabien. Il devient vice-président du comité local de Libération de Malakoff et 1er  adjoint au maire en mai 1945. Secrétaire de la section locale du PC. Réélu en 1948, 1953 et 1959, mandats durant lesquels il assuma des fonctions d’adjoint, puis en 1965. 
14. Auguste Pioline : Membre du Parti communiste depuis 1936, il fut arrêté le 30 août 1940 pour avoir distribué des tracts devant son usine. Interné à la prison de la Santé jusqu’en octobre 1940, libéré au bout de neuf jours puis repris le 9 novembre 1940. Transféré dans les camps d’Aincourt, de Fontevrault, de Clairvaux, de Châteaubriant, de Voves, de Pithiviers, de l’Ile de Ré et enfin de La Rochelle, il parvint à s’évader le 15 mai 1944. Il fut arrêté le 15 juin 1944 à Saint-Germain-de-Prinçais (Vendée) et déporté vers l’Allemagne, à partir de Compiègne, le 2 juillet 1944. Il arriva au camp de Dachau le 5 juillet 1944 où il est libéré le 11 mai 1945. 

Une deuxième photo légendée par Maurice Guy est signée par 7 survivants le 20 décembre 1941 en hommage aux fusillés. 



Elle est prise à l'occasion de la finale du tournoi d'échecs organisé au camp de Choisel en septembre 1941.

Rangée du haut : 
Laroubine, Legeay, Dolly, Dumoulin, Pourchasse, Môquet, Thoretton, Auffret, Feld, Robin.
Rangée du milieu :
Guy, Leguy, Granet, Tibet, Leseul.
Rangée du bas : 
Chevroton, Michels, Scolari, Le Hen,Ténine.

Les fusillés

1. Charles Michels : syndicaliste de la Fédération unitaire des cuirs et peaux CGTU dont il devient secrétaire en 1929. À ce titre, et également comme dirigeant de la FSGT. Militant communiste, député du 15ème arrondissement à Paris,
2. Maurice Ténine : conseiller municipal communiste de Fresnes. Interné à Clairvaux, puis à Choisel, fusillé le 22 octobre 1941.
Photo signée par 7 internés en hommage aux fusillés
Nous avons reconnu les signatures de Maurice Guy, Adolphue Legeay, Louis Dolly, Robin, Rino Scolari et Le Hen.
3. Désiré Granet : adhérent des Jeunesses communistes. En 1927 secrétaire de rayon. Syndicaliste, il dirige en 1936 les grèves à Vitry. Il écrit dans sa dernière lettre : « Nous sommes ici vingt-sept qui, dans un instant, seront exécutés ; leur courage à tous est magnifique ».
4. Henri Pourchasse : Métallurgiste, secrétaire adjoint du syndicat de la section technique des machines à la Ville de Paris, secrétaire de la cellule communiste de l’usine des Eaux où il travaillait. Arrêté à la fin août 1939, condamné à trois mois de prison puis mobilisé jusque en juillet 1940. Le 20 janvier 1941, à nouveau arrêté pour reconstitution illégale d’un syndicat CGT à son lieu de travail, la Compagnie des Eaux. Incarcéré à la Santé puis interné au camp de Châteaubriant, il est fusillé le 22 octobre 1941.
5 : Guy Môquet : 17 ans, fils de Prosper Môquet. Interné à Clairvaux, puis à Choisel, fusillé le 22 octobre 1941.
6. Jules Auffret : Maire-adjoint de Bondy de 1935 à 1939. Conseiller général de Noisy-le-Sec. Secrétaire général de la région communiste de Paris-Est (1937-1939).
Arrêté le 18 décembre 1939, emprisonné, il est transféré au camp de Châteaubriant le 15 mai 1941. Il est fusillé le 22 octobre 1941.
7 : Georges Thoretton, 27 ans, ajusteur d’aviation. Militant communiste.  Arrêté le 20 janvier par des policiers d’Asnières, comme « meneur communiste actif » et interné à la maison centrale de Clairvaux. Georges Thoretton  est transféré au camp de Châteaubriant le 14 mai. Il est fusillé le 15 décembre 1941.

Les autres internés de la photo (en cours de recherche) : 

Legeay Adolphe.  Transféré à Voves, il s’en évade le 15 août 1942 caché dans une malle en osier. Le 25 août, il rejoiint les FTP.  Chef de détachement à partir d’octobre 1942, il devient en juin 1943, commissaire aux effectifs pour l’Ile de France. Il dirige aussi le détachement « Alsace-Lorraine ». Il organise plusieurs actions parmi lesquelles le 2 octobre 1943, Porte d’Italie, l’attaque d’un autobus SS, le 5 octobre, place de l’Odéon, l’attaque d’un détachement allemand qui se solde par une vingtaine de morts et blessés ou encore le 8 octobre 1943, l’attaque d’un restaurant allemand au coin de la rue de l’Étoile. Nommé commandant en décembre 1943 par le comité militaire national des FTP, il est blessé et arrêté au cours d’une opération suivie d’un affrontement avec les hommes des Brigades spéciales le 7 mars 1944 à la gare de Nogent-le Perreux. Livré aux Allemands, torturé, il doit être transporté à l’hôpital de la Pitié d’où il tente de s’évader. Transféré à Fresnes, il est condamné à mort par un tribunal militaire allemand le 19 mai 1944. Conduit au camp de Compiègne, il est déporté vers Neuengamme. Évacué au moment de la Libération vers Lubeck, il s’évade avant le bombardement par les Alliés des navires où étaient entassés les déportés. Il  est libéré en mai 1945 par les Britanniques (Le Maitron). 
Laroubine Camille :  Arrêté 5 octobre 1940. Interné à Aincourt, Choisel puis Voves le 7 mai 1942. Le 18 novembre 1943 il fait partie de l'important convoi d'internés (711) dirigés sur Pithiviers. Il est décédé le 21 mars 1994 à l’âge de 98 ans. (Arbre généalogique de Tarragona).
Dolly Louis : Electricien. Militant communiste . Maire-adjoint de Villejuif avant guerre. Résistant, interné à Choisel. transféré à Voves puis au camp de Pithiviers d’où il s’évade. Quatre de ses tentatives d’évasion avaient échoué dans différents lieux. Trois mois de travail lui permirent de creuser un souterrain de dix-huit mètres et de rejoindre la Résistance active le 14 mars 1944. A la libération il devient maire de Villejuif, remplaçant Georges Lebigot, déporté et mort à Auschwitz.Conseiller général de 1953 à 1973 (Le Maitron)..
Dumoulin Charles : Typographe. Chargé de l’impression et distribution de tracts clandestins, collage d’affiches, du recrutement et de l’organisation des Comités populaires et de chômeurs. Arrêté le 5 octobre 1940 à Paris 4ème. Interné à Poissy, Aincourt, Châteaubriant, Voves, Pithiviers, La Rochelle. Evadé du camp de La Coubre le 18 août 1944. Il est décédé le 8 janvier 1984 à Toulon (Amicale de Châteaubriant-Rouillé-Voves) .
Tibet Joseph :  Militant communiste de Chaville, résistant emprisonné pour son action fut ensuite conseiller municipal de Chaville (Le Maitron).
Leseul : Il s'agit peut-être de Fernand Leseul qui, en janvier 1937, était le secrétaire général de l’Union locale CGT de Gaillon.

Le Hen Pierre : né le 27 novembre 1894 à Inguiniel (56), ancien de 14/18, dirigeant de la section du PCF de Limeil, est arrêté le 13 octobre 1940. Interné aux camps d’Aincourt, de Châteaubriant et de Voves, il est déporté depuis le camp de Compiègne à Neungamme le 21 mai 1944. Il meurt au camp le 19 juin 1944. (Limeil Brévannes, son histoire, avenue Pierre et Angèle Le Hen, page 32).
Nous n'avons pour l'instant pas trouvé d'information concernant Robin, Leguy, Leseul, et Chevroton

Camp de Choisel. Maurice Guy à Gauche, en short.
Une autre photo, non légendée, a été transmise à l'épouse de Maurice Guy. Il y figure à gauche de l'image, en short. 

Le défilé
Défilé Burlesque / négatif Olivier Guy
Défilé burlesque / négatif Olivier Guy

Les photos suivantes montrent un défilé burlesque. Les « spectateurs », des internés, sourient. Fernand Grenier qui s’évadera le 18 juin 1941, dans son livre « C’était ainsi » explique l’origine de ces manifestations festives dans le camp.
Il raconte l’installation des internés après Fontevraud et Clairvaux (à partir du 15 mai 1941) : « Le camp ne fonctionne que depuis peu et le commandant, un capitaine de la coloniale est débordé. II dispose d’assez de gendarmes pour assurer les gardes, les rondes, la surveillance… Par contre, l’ensemble du personnel civil qui lui est dévolu pour assurer les services intérieurs ne dépasse pas dix personnes ; force lui est de faire appel aux internés eux-mêmes pour suppléer à l’insuffisance de ses effectifs.
Vous désignerez, dit-il dès l’abord, un responsable par baraque. Il demande si nous serions capables d’organiser nous-mêmes la cuisine, les réfectoires, la buanderie. Devant notre réponse affirmative : Bien ; je vous remets en bloc vos rations, vous faites la cuisine et vous la distribuez vous-mêmes. Et le tout sera à l’avenant (...)
Défilé à Choisel
Défilé à Choisel
Rapidement l’organisation est au point Dans chaque baraque, on a désigné le tour de rôle des « hommes de corvée » (…) Les détails « sont examinés, discutés, mis au point par des groupes de camarades s’occupant spécialement de telle ou telle question : éducation politique et culture générale (l’organisation des cours et des conférences), santé (visites, soins, organisation de l’infirmerie), sports (séances matinales de culture physique, formation d’équipes), ravitaillement (menus quotidiens, organisation de la cantine), loisirs (organisation de fêtes, création d’une société de « bigophones », d’une chorale), etc.
Nous ignorons pour l’instant la date de cette fête : les vêtements laissent plutôt penser à l’hiver (on note un cache-nez et plusieurs internés ont les mains dans les poches).
  • Note 1 : Cette liste de noms n’a pu être écrite qu’au camp de Compiègne et après la date du 7 mars 1942, étant donné que Maurice Guy qui a été transféré à Compiègne le 7 février 1942 a indiqué en face du nom de Pierre Rigaud la mention « fusillé ». Or, c’est le 7 mars que Pierre Rigaud est fusillé à Compiègne.
Sources
  • Photos : archives (photos, lettres) de la famille Guy, transmises en octobre 2016 par son petit-fils, M. Olivier Guy (septembre et octobre 2016).
  • Amicale de Châteaubriant-Rouillé-Voves. Biographies.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2016.
Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon (octobre 2016)