L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


Gabriel Lejard : la mort de Paul Charton



Paul Charton
La mort de Paul Charton

Ce document reproduit le discours de Gabriel Lejard lors de l’inauguration de la salle « Paul Charton » de l’USOD (1), en l’honneur de ce sportif dijonnais, fondateur du club, déporté et mort à l’âge de 30 ans à Auschwitz. Lire également sa biographie : Paul Charton

"Monsieur Pelletret, messieurs les responsables de l'U.S.O.D.,  chers camarades et amis. Paul était mon ami depuis 36. Cheminot syndiqué, puis membre du Parti communiste, fondateur de l'U.S.O.D., tout nous rapprochait. Aussi, c'est avec émotion que j'apporte aujourd'hui ma contribution pour honorer la mémoire de notre regretté camarade. J'ai été son dernier compagnon de misère. Je l'ai vu aller courageusement à la mort, à une mort effroyable, en pleine jeunesse à l'âge de 30 ans. Paul Charton fût de cette poignée de patriotes qui dès l'occupation en 40 furent les organisateurs de la Résistance contre les nazis. Comme ses camarades il avait fait le sacrifice de sa vie. Si chaque mois la résistance grandissait, la répression se renforçait aussi. Le 22 juin 41 je suis arrêté par la Gestapo avec une vingtaine de camarades. Le 2 juillet c'est le tour du cheminot Paul Charton en raison du déraillement d'un train en route pour l'Allemagne au poste d'aiguillage n° 2 de Perrigny le 16 juin.
Nous nous retrouvons tous en qualités d'otages au camp d'internement de Compiègne. Fin juin 42 les nazis pour frapper l'opinion décident que 1.160 otages de Compiègne seront choisis et déportés a aux travaux forcés à l'Est ». Nous sommes 14 Dijonnais dont Paul Charton pour ce voyage. C'est le premier transport (de politiques) qui quitte Compiègne pour les camps de la mort. Nous embarquons le 6 juillet et arrivons le 8 après un dur voyage, au fameux camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau en Pologne. Auschwitz qui restera pour l'histoire le plus grand charnier que le monde ait connu. Quatre millions de morts, hommes, femmes, vieillards et enfants. Certain jour 8 à 10.000 cadavres par 24 heures. Je n'entrerais pas dans les détails de notre vie car il faudrait des heures. Je vous dirai simplement que la mort était partout et toujours, au travail comme au repos, le jour comme la nuit. Un simple détail vous édifiera. Arrivés le 8 juillet 42 des 14 Di-jonnais, 3 mois après, nous restions 2 et Paul Charton était parmi les morts. J'ai été son dernier compagnon du fait du hasard. Les 1.260 Français ont été mélangés a 60.000 détenus, au gré du hasard, aussi bien pour les baraquements que pour les commandos de travail. Il se fait que Paul et moi fûmes affectés à la même baraque et au même commando et seul la mort allait nous séparer. Pour dormir nous partagions la même planche de 80 cm de large et ensemble nous travaillions dans une sablière. C'était le nerf de boeuf, la trique, la faim, la maladie, les pendaisons, la chambre à gaz.
Brouillon de Gaby Lejard
Nous ne nous faisions pas d'illusions sur l'avenir et le moral n'était pas élevé. Néanmoins nous résistions pour le mieux au cafard, à la faim, aux coups, à la maladie. Un mois après notre arrivée Paul a une cheville enflée, ce n'est pas drôle, car c'est un motif suffisant pour la chambre à gaz. Il ne boite pas, ne souffre pas. Il se fait des massages sans résultat. Autour du 13 août, à l'appel du soir, c'est la visite des jambes pour tous les détenus et nous savons ce que cela signifie. Il faut relever le pantalon aux genoux. Nous sommes côte à côte. Le major S.S. approche. Paul me chuchote « Je suis fichu ». Effectivement le major l'arrache des rangs et l'envoie monter dans un camion avec les sélectionnés pour la chambre à gaz. Un petit signe de la main et c'est fini. J'ai passé une nuit atroce mon camarade, mon ami était mort. Le lendemain matin je suis affecté à un autre commando, le déchargement des wagons. Je vois arriver une corvée de 2 à 300 détenus. Tout à coup au passage j'entends « Gaby » ! C'était Paul. Quelques phrases hachées seulement. - « Nous n'avons pas été gazés hier soir, mais nous le serons à notre retour de corvées. Je vais repasser tout à l'heure ». Je guettais anxieusement. Enfin les voilà. Et voici le dialogue : « Gaby, un Polonais m'a donné un morceau de pain, je te le lance dans le wagon » - « Non mange-le ». - « Pas la peine, dans une heure je serais mort. Adieu ».  Le pain tombe dans le wagon et Paul continue son chemin vers la mort. Il allait mourir lucidement, en martyr.
Voilà chers amis ce que fut celui que vous honorez aujourd'hui. Je vous remercie camarades, dirigeants de l'U.S.O.D. de m'avoir demandé de venir prononcer ces paroles à cette manifestation du Souvenir. C'est le devoir et l'honneur des survivants de faire connaître à la jeunesse, de rappeler aux plus âgés qui ont un peu oublié, ce que furent les crimes nazis, ce que furent tous ces hommes, ces femmes, ces jeunes qui tombèrent dans la lutte. Je félicite Monsieur Pelletret d'avoir œuvré à la réalisation de cette salle. Et vous camarades responsables de l'U.S.O.D. je vous remercie de perpétuer ainsi le nom d'un travailleur conscient, d'un sportif, d'un patriote. A vous tous aussi, camarades et amis présents, je vous dis merci et meilleurs vœux pour le développement de l'U.S.O.D."

Note 1 : Nous n’avons pas encore trouvé la date de cette inauguration, ni de références concernant M. Pelletret, le dirigeant de l’USOD que cite Gaby Lejard . 
Nous savons que l’Union Sportive Ouvrière Dijonnaise (USOD) est créée le 14 novembre 1935. C’est un club voué à l’haltérophilie, force athlétique et musculation. Il a formé des sélectionnés olympiques et de nombreux champions de France après guerre. 
La salle était située entre le boulevard Joffre et la rue Jean-Dampt à Dijon.

Claudine Cardon-Hamet, Pierre Cardon (janvier 2018)

Gabriel Lejard : d’Auschwitz à Kochendorf et les marches de la mort de Kochendorf à Augsburg puis Dachau


Devant l’avancée des armées alliées, et en particulier celle de l’armée Rouge, les nazis commencent l’évacuation d’une partie du camp d’Auschwitz dès l’été 1944. Lire dans le blog : Itinéraires suivis par les survivants à partir d'Auschwitz (1944-1945) et Les 45000 pris dans le chaos des évacuations (janvier-mai 1945).

Le 29 août 1944, Gabriel Lejard est transféré d'Auschwitz à Sachsenhausen avec 29 autres "45.000" : il y reçoit le matricule n° « 94.268 ». Les 30 Français sont répartis dans plusieurs camps et Kommandos. « Gaby » est affecté à Kochendorf (kommando de Natzweiler-Struthof), situé sur le Neckar à 50 km de Stuttgart, (mines de sel transformées en usines souterraines pour la fabrication d’armes et des V2). Il arrive à Kochendorf le  5 octobre 1944 avec six autres « 45.000 » et reçoit le matricule n° « 33.834 ». Fin mars 1945, les 6 Français (Maurice Martin est transféré à Innsbrück) sont évacués avec 1500 autres déportés sur le camp de Dachau. A pied jusqu'à Augsburg puis en train jusqu'à Dachau où ils arrivent le 8 avril 1945 et sont immatriculés. Ils sont libérés par les Américains à Dachau, le 29 avril 1945.
Gabriel Lejard a retracé cette terrible épopée lors des cérémonies du 35ème anniversaire de la Libération des camps (le dimanche 27 avril 1980)

« Le 31 août 1944, l’Armée Rouge approche de Cracovie, l’évacuation des Français d’Auschwitz commence. Avec 25 (1) survivants du transport des « 45.000 », nous partons pour Sachsenhausen, au nord de Berlin. Je me trouve à une trentaine de kilomètres de Ravensbrück, où vient d’arriver ma fille, et ceci sans le savoir.
Fin septembre, six d’entre nous partent à nouveau (2), avec beaucoup de mineurs, du Nord, du pas-de-Calais, des Juifs, des Polonais, des Russes, etc. pour une destination inconnue. Plus de 100 par wagons, 4 jours de voyage, sans tinette et sans ravitaillement. 
Nous débarquons à coups de crosse en gare de Kochendorf. Nous gagnons le camp à pieds, 5 à 6 kms, sous la pluie.
Accueillis par le commandant Walter Bütner (3), c’est le discours traditionnel que nous traduit un camarade Luxembourgeois. « Je hais les Juifs, j’aime encore moins les Français. Vous êtes tous des terroristes, et pas un de vous ne sortira vivant d’ici ».
Avec mes cinq camarades d’Auschwitz nous fûmes affectés à la mine de sel que l’on transformait en usine souterraine pour la construction des V2.
Nous étions à environ 150 m sous terre, pieds nus dans le sel. Les postes étaient de 12 heures de jour alternant avec 12 heures de nuit, plus 10 km aller et retour à pieds. Pour la première fois je voyais des civils allemands, des P6 et des STO.
les anciennes mines de sel de Kochendorf
Je ne m’attarderais pas sur notre nouvelle vie, mais cela ressemblait étrangement à Auschwitz en 1942, mais sans chambre à gaz, ni four crématoire. On enterrait dans les bois proches. Mais alors, record jamais atteint pour les poux et la dysenterie.
Malheur à ceux qui couchaient en bas de nos lits à 3 étages !
Puis ce fut l’horreur de notre évacuation de Kochendorf à Dachau, 300 kilomètres, lors de la débâcle nazie (4).
Depuis notre arrivée, octobre 1944, nous entendions le canon sur le Rhin, et nous pensions que la fin du cauchemar approchait. Même nos gardiens se laissaient quelquefois aller à parler et nous indiquaient qu’à Noël nous serions à la maison et eux en Sibérie.
Hélas, ce n’est que le 27 mars que nous évacuons, par la route, direction Dachau.
Les Américains étaient à une trentaine de kilomètres.
Une autres marche de la mort, 
de Sachsenhausen à Schwérin. 
Dessin au charbon de Guy Chataigné

Nous étions environ 1500. Les malades étaient évacués, mais ne sont jamais arrivés nulle part, hélas !
Très forte escorte composée de SS de l’Afrika-Korps, même 2 Français (1 organisation Todt, l’autre LVF), avec fusils, matraques et schnaps en quantité.
Les deux premiers jours, nous marchons la journée, mais harcelés par l’aviation alliée, nos escorteurs décidèrent de faire la route de nuit, le plus souvent par des chemins de montagne. 30 kilomètres par étape, sans ravitaillement, pieds nus, un pantalon, une veste et la pluie. Nous mangeons des poignées d’herbe, de grosses limaces rouges, les escargots, au risque de recevoir un coup de fusil. L’eau des nids-de-poule était notre boisson.
Ce fut l’hécatombe, les hommes tombaient, ne pouvant plus marcher. Une nuit avec notre camarade Houard de Chartres, malgré notre vigilance, nous fûmes pris de corvée pour traîner le chariot en queue de colonne où on entassait les mourants car on ne laissait pas de traces sur la route.
Nous savions en quoi consistait le travail, aussi Houard et moi nous avons pris de suite la flèche du chariot pour le guider, les autres poussaient aux roues ou chargeaient les corps.
Lorsque le plein était fait, on faisait une petite tranchée sur le bord de la route, et c’était l’enterrement des malheureux dont la plupart étaient encore vivants. Ceci au milieu des hurlements de nos tortionnaires et des mourants. Oui, nous avons enterré des hommes encore vivants et notre route est jalonnée de charniers.
Nous avons traversé Ulm et Augburg. De cette ville nous prenions le train et arrivions à Dachau le 5 ou 6 avril 1945.
Toute la journée, nous fûmes en tas dans la cour. Enfin, le soir, nous étions affectés au Block 23, isolé et aménagé spécialement pour ceux qui avaient fait la route, et enfin un peu de ravitaillement. Nous couchions 6 sur des lis de 80 cm.
Nous faisions hélas le bilan. Partis 1500, nous sommes arrivés environ 200 et beaucoup allaient encore mourir, car nous n’étions libérés que le 29 et la dysenterie et le typhus ne faisaient pas de quartier.
Pour nos camarades mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, partis 299, arrivés 27.
Les 6 d’Auschwitz étaient à l’arrivée (5), mais notre ami Lecrux, un jeune de Reims était en très mauvais état.
Aussitôt libérés, nous l’avons transporté à l’hôpital. Il n’est rentré qu’en juillet en ambulance à Reims.
Quant aux cinq restants et une trentaine d’autres camarades, nous nous évadions de Dachau et arrivions à Paris en wagons à bestiaux le 15 mai 1945.
Mon ami Lecrux, marié à Reims avec une déportée de Ravensbrück «Simone» est venu quelques années après en Côte-d’Or à Précy-sous-Thil. Il est décédé par la suite à l’hôpital de Dijon en raison des séquelles de la déportation.
Pour les mêmes raisons, mon ami Houard, de Chartres, s’est suicidé quelques années après sa rentrée ».
  • Note 1 : Ils sont en fait 30 : Georges Gourdon (94.257), Henri Hannhart (94.258), Germain Houard (94.259), Louis Jouvin (94.260), Jacques Jung (94.261), Lahousine Ben Ali (94.264), Marceau Lannoy, Louis Lecoq, Guy Lecrux (94.266), Maurice Le Gal (94.267), Gabriel Lejard (94.268), Charles Lelandais (94.269), Pierre Lelogeais, Charles Limousin, Victor Louarn, René Maquenhen, Georges Marin, Henri Marti, Maurice Martin, Henri Mathiaud, Lucien Matté, Emmanuel Michel, Auguste Monjauvis (94.280), Paul Louis Mougeot, Daniel Naglouck, Emile, Obel (94.282), Maurice Ostorero, Giobbé Pasini, René Petitjean, Germain Pierron.
  • Note 2 : Ils sont en fait sept. Georges Gourdon, Henri Hannhart, Germain Houard, Louis Jouvin, Lahoussine Ben Ali, Guy Lecrux et Gabriel Lejard.
  • Note 3 : L’Oberscharführer Eugen Walter Bütner, ancien commandant du sous-camp de Thil-Longwy, devient commandant du camp de Kochendorf à partir de septembre 1944. C’est lui qui dirige « la marche de la mort » du 30 mars 1945.
  • Note 4 : « Marches de la mort » est l’expression communément utilisée par les déportés pour qualifier les évacuations des camps opérées par les nazis à l’approche des armées soviétiques à l’est et américano-britanniques à l’ouest. Les premiers camps évacués en janvier 1945 se situaient en Pologne occupée.
  • Note 5 : Georges Gourdon (140.707), Henri Hannart (140.708), Germain Houard (140.715), Louis Jouvin (140.709), Guy Lecrux (149.704) et Gabriel Lejard. Lahousine Ben Ali est mort à Dachau. 

Romorantin le 1er mai 1942 : un Feldgendarme est tué, un autre blessé. Arrestations, exécutions et déportations


Cet article est rédigé à partir de plusieurs sources référées en notes.

Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1942, quatre jeunes communistes (annexe 1) - Jean Roblin, Max Thenon, Guy Dartois et Jacques Guilbaud - distribuent un tract de la Fédération des jeunesses communistes du Cher à Romorantin-Lanthenay et collent des affiches faites à la main. Ils sont surpris par deux Feldgendarmen (policiers militaires rattachés à la Wehrmacht) en patrouille le long de la ligne de démarcation. Un des jeunes, chargé de la protection des afficheurs, ouvre le feu le premier. Un Feldgendarme est tué, l’autre grièvement blessé (notes 1, 2, 3 et sources).
Tract distribué dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1942.
Archives départementales du Loir-et-Cher (1375W59).
 
Jacques Guilbaud, un des quatre jeunes communistes impliqués dans la fusillade raconte :
Jean Châtelain (1) a retrouvé l'un de ces jeunes communistes, Jacques Guilbaud, sans doute le seul survivant de cet événement, et l’a interviewé 60 ans après les faits, le 13 août 2002.
« Dans la soirée du 30 avril 1942, après le couvre-feu, 4 jeunes communistes se retrouvent près du lavoir municipal du Rantin, détruit depuis. Il s'agit de Guy Dartois, Jacques Guilbaud, Jean Roblin et Max Thenon. Ils sont décidés à distribuer des tracts et à coller des affiches appelant à la lutte contre l'occupant et le fascisme et à mobiliser « les jeunes catholiques, les jeunes protestants, les jeunes gaullistes, les jeunes communistes » pour « solidaires des alliés anglais, américains et soviétiques libérer la patrie et anéantir Hitler et ses valets ». Tapés sur stencil par la mère de Jacques Guilbaud, les tracts étaient tirés sans Ronéo, avec des moyens rudimentaires. Les affiches qui représentaient une carte de France étaient faites une par une et réalisées au dos des affiches à la gloire de Pétain, récupérées chez des commerçants. Après avoir couvert la zone voisine de l'usine Normant, les quatre jeunes gens remontent le mail des Tilleuls, passent le long de la halle, et arrivent rue des Limousins. Les tracts étaient glissés sous les portes ou sous les fenêtres. Après une première alerte, où, cachés dans la rue Pasteur, ils échappent à une patrouille allemande, ils arrivent au voisinage du 42 (ancienne maison de tolérance aujourd'hui démolie pour laisser passer le boulevard Lyautey). Un Feldgendarme à vélo, qu'ils n'avaient pas entendu arriver, saisit Jacques Guilbaud par le col. L'un des quatre jeunes, armé d'un revolver, n'hésita pas à faire feu et abattit l'Allemand. Les quatre hommes s'échappèrent dans toutes les directions. Celui qui était armé remonta la rue des Limousins et, arrivé au carrefour avec la rue Nationale (actuelle rue du 8 mai), fut rattrapé par un deuxième Feldgendarme qu'il abattit d'une balle dans le ventre. L'Allemand eut le temps de riposter et lui logea une balle dans le pied. Jacques Guilbaud s'échappa par les jardins jusqu'à la ligne du BA (S « Blanc Argent ») et remonta la ligne de chemin de fer jusqu'au pont de l'Erable. Il habitait rue des Capucins, au voisinage de l'hôpital où il avait travaillé (pompier de Paris alors, il était en permission). Avant de rejoindre son domicile, un officier allemand l'aperçut, mais ne chercha pas à le poursuivre. Jacques Guilbaud arriva à son pas de porte par la direction opposée à son départ, c'est ce qui devait le sauver. Le lendemain, un chien suivit la piste marquant son retour, passa devant chez lui, poursuivit sans s'arrêter, remontant la trace de son départ. Max Thenon perdit sa veste lors de l'affrontement. Cette veste fut exposée devant l'usine Normant pour que, si quelqu'un la reconnaissait, son propriétaire fut identifié. Le frère de Max Thenon, tuberculeux, cracha du sang durant cette nuit et le docteur Marteville fut appelé. On soupçonna un blessé par balle et la police se rendit au domicile de Max Thenon auquel on fit essayer la veste. Elle lui allait bien entendu, mais comme elle allait aussi aux enquêteurs, l'affaire en resta là. A la suite de cette nuit, des otages furent arrêtés (les listes étaient prêtes), la presse de l'époque fit état de 10 fusillés. Par la suite de nombreux communistes ou résistants furent arrêtés » (1).

Arrestations et fusillades

Kommandantur d’Orléans. Avis à la population
1er mai 1942. © Archives départementales
du Loir-et-Cher,  (1375W59).
Romorantin est mis en état de siège. Dans un avis, signé à Orléans le 1er mai, le Feldkommandant  Brisken indique que les "auteurs, provenant certainement de cercles communistes, se sont enfuis". Il ordonne du 1er au 15 mai, une série de mesures disciplinaires : renforcement du couvre-feu, interdiction de tous les divertissements, suspension des laissez-passer… Dans le même temps de vastes coups de filets sont opérés dans plusieurs départements de la région militaire (Cher, Loiret, Loir-et-Cher).
« Immédiatement, des militants ou sympathisants communistes sont arrêtés. Le commissaire de police adresse la liste des otages au préfet le 27 mai 1942 : Louis Bailly (rue des Jouannettes), Robert Belnave (route des Papillons), Moïse Bodin (La Perronnière), Victor Budin (Le Lierreux à Lanthenay), Angel Couprie (Grande rue), Gustave Crochet (La Ratière), Camille Dupuy (place du Vieux Marché), Jean Gougibus (Grande rue), Octave Hervault (rue de Beauvais), Yvon Millot (rue du Grenier à Sel), Daniel Pesson (La Roche), Isidore Petat (Faubourg de Blois), Edouard Roguet (rue du Progrès). Tous sont transférés à Orléans. Quatre d'entre eux sont vite relâchés : Louis Bailly, Camille Dupuy, Jean Gougibus et Yvon Millot, suite à l'intervention de conseillers municipaux si l'on en croit Marcel Boissière ». (2).
On estime à 70 le nombre des arrestations pour le Loir-et-Cher, une quarantaine de militants communistes connus arrêtés à Vierzon (Cher) et une trentaine à Bourges (Cher) (4). 
Musée de la Résistance de Bourges
Plusieurs d’entre eux, internés à Compiègne seront déportés à Auschwitz. Cette affirmation est désormais confirmée par le document allemand ci-contre qui figure au Musée de la Résistance de Bourges, dont nous n'avons eu connaissance qu'en 2016. En réponse au Préfet de Bourges  "En réponse à votre lettre du 19 janvier (1943) nous vous faisons connaître que MM Perrin Marcel et Rivet Roger arrêtés à la suite de l'attentat de Romorantin, ont été conduits le 6.7.42 dans un camp situé en Allemagne" . 
Dans un avis, signé à Orléans le 1er mai, le Feldkommandant  Brisken indique que les "auteurs, provenant certainement de cercles communistes, se sont enfuis" (… citation de l’affiche publiée ci-dessus) (3). 
Le même jour, le Préfet du Loir-et-Cher, J.F. Bussière, publie de son côté un appel à la population. Il précise qu'il s'agit d'une "agression de la part d'individus surpris en flagrant délit de diffusion de tracts communistes" et poursuit : " la population de Loir-et-Cher, qui a toujours observé l'attitude la plus courtoise à l'égard des membres de l'Armée Allemande réprouve de toutes ses forces, je le sais, et dans l'unanimité, de pareils actes de violence, qui ne sauraient avoir pour auteurs de véritables patriotes". Il demande donc "instamment à toute la population de s'associer sans réserve aux recherches en cours" et avertit "qu'aucune défaillance ne sera permise en face d'agissements criminels si essentiellement contraires aux traditions de notre pays" (3).
Liste manuscrite établie par la Préfecture de police.
© Archives départementales du Loir-et-Cher, (1375W59). 
Toujours le 2 mai, le préfet s'adresse à ses supérieurs pour leur signaler "que les services de police placés sous mes ordres ont été l'objet de manœuvres d'intimidation extrêmement violentes  de la part des Allemands".
Il insiste sur le cas du commissaire Leboutet "qui a réussi malgré la brutalité avec laquelle il lui était intimé de livrer des noms à gagner du temps et à n'établir qu'une liste de personnes déjà arrêtées par les autorités allemandes". Le Préfet constate que ces méthodes sont une "violation flagrante" de l'accord entre autorités françaises et allemandes sur les compétences et le rôle respectif des deux polices. Il ajoute : "il s'agit de rien moins en effet que d'obtenir, sous couvert de coopération des deux polices, des listes d'otages, d'une façon déguisée " (…) (3).
Le 5 mai, le préfet s'adresse à la délégation de Paris du ministère de l'intérieur qui siège, lui, à Vichy. Il rappelle qu'il a déjà fait plusieurs rapports depuis le 1er mai et envoyé des télégrammes.
Mais surtout, il informe ses supérieurs qu'il a été "averti téléphoniquement aujourd'hui que six personnes de mon département avaient été fusillées ce matin " (3).
Ces six jeunes otages communistes ont été fusillés par un peloton d’exécution allemand dès le 5 mai, et cinq autres le seront le 9 mai 1942 sur le terrain militaire des Groues (à cheval sur les communes d’Orléans et St Jean de la Ruelle) (1, 2, 3 et sources). (Voir en annexe 2 les notices biographiques sommaires des 11 fusillés). Plusieurs militants sont également fusillés dans le Cher (4).
Ces 6 jeunes n’avaient pas plus de 20 ans. Nés entre 1919 et 1922, ils avaient été condamnés par la Cour Spéciale d'Orléans, pour "infraction au décret portant dissolution des organisations communistes et distributions de tracts et journaux, dans sa séance du 20 septembre 1941". Le préfet souligne par ailleurs que "l'enquête se poursuit très activement" mais qu'il a "peu d'espoir d'obtenir des résultats positifs étant donné la proximité de la ligne de démarcation par rapport au lieu de l'attentat ".
Le 6 mai, Fernand de Brinon, le délégué général de Vichy dans les Territoires Occupés, l'informe qu'il est activement intervenu auprès des Allemands pour les mettre en garde sur  "l'émotion que provoquerait dans l'opinion les représailles envisagées" et donc "de bien vouloir  surseoir à toute nouvelle exécution" (3).
Le 7 mai, le Préfet envoie une lettre aux maires des communes concernées par ces arrestations (2 et 3) :
"Je tiens à vous faire savoir que les personnes arrêtées dans votre commune à la suite du meurtre d'un sous-officier allemand à Romorantin, l'ont été sur l'initiative seule des autorités d'occupation". Il précise que lui et le gouvernement "avec lequel (il) se tient téléphoniquement en communication […] multiplient les démarches auprès des autorités militaires allemandes  en vue d'aboutir à un résultat ".
Il faut dire que dans la population l'émotion est forte face aux arrestations, aux exécutions déjà intervenues et aux menaces d'autres représailles.
D'autres arrestations vont suivre (2). Louis Marquet demeurant rue Scribe est dénoncé en mai 1942 comme sympathisant communiste par une lettre anonyme qui s'avère avoir été écrite par une de ses voisines. Gérard Thévenin (rue du Prêche) est arrêté à Blois par la Gestapo, Jacques Guilbaud est arrêté à Paris, ils seront tous deux déportés à Buchenwald. Roland Rousselet (rue des Fillettes) et Albert Boileau (Faubourg d'Orléans) sont arrêtés pour activité communiste le 21 août 1942. Selon le commissaire de police, « Rousselet aurait été formellement reconnu par le gendarme allemand blessé Ion de l'attentat du 1er mai comme étant l'un des distributeurs de tracts », cette indication est donnée « sous toute réserve ». A la suite de ses pressantes interventions, le préfet a reçu, le 11 juin 1942, l'assurance que les autorités allemandes « envisageaient la libération de la presque totalité des personnes arrêtées dans le Loir-et-Cher au lendemain de l'agression de Romorantin » (promesse faite par le docteur Kochling, Kriegsverwaltungsrat à Orléans et le Kommandeur Westphal, chef de la Sicherheitspolizei à Orléans) (2).
Le 12 mai, le préfet intervient auprès du lieutenant-colonel, commandant la Feldkommandatur 589 à Orléans, car le délai donné aux autorités françaises va expirer, avec la menace de 20 autres exécutions et 50 personnes supplémentaires emprisonnées. Il souligne que "tous les moyens humainement possibles ont été mis en œuvre pour établir les culpabilités réelles, pour satisfaire à un esprit de justice commun aux Allemands et aux Français, pour éviter qu'un châtiment sans recours vienne frapper des personnes ne paraissant n'avoir aucun rapport avec le tragique incident ". Il insiste sur le fait que "le meurtre qui endeuille (son) département à un caractère accidentel" (3). 
En effet, les enquêtes menées par les services de gendarmerie et de police qui ont interrogé des dizaines de personnes, ont vite conclu, comme le préfet en informe le cabinet du chef de gouvernement : "qu'il ne s'agissait pas d'un attentat mais de jeunes gens qui, surpris en flagrant délit de diffusion de tracts communistes avaient riposté par des coups de feu aux coups de feu tirés par les Feldgendarmes allemands" (3).
On a trouvé sur les lieux de "l'attentat" 4 pinceaux, un béret, un veston et des douilles de calibre 6,25. Ces jeunes, au nombre de 5 ou 6, n’ont pas été identifiés. Du moins, ce sera la position des autorités françaises.
Cette lettre nous apprend par ailleurs qu'il y avait eu en fait "dix personnes (qui) ont déjà été fusillées sans préavis" (dont les 6 pour le Loir-et-Cher). "En exécuter vingt autres, serait frapper d'un bien lourd tribut une population dont la parfaite correction vis-à-vis de l'armée d'occupation, dont la mesure et la courtoisie traditionnelles, dont l'incessante et courageuse énergie dans le pénible labeur quotidien, méritent, même à l'époque que nous vivons, une considération particulière" (3).
Le 6 juillet 1942, Moïse Bodin, Gustave Crochet, Octave Hervault, Daniel Pesson, Isidore Petat, Edouard Roguet, quittent le camp de Compiègne où ils sont détenus pour un camp en Allemagne « en vue de leur emploi comme travailleurs ». Leur transfert a été ordonné par le bureau central de Paris. Robert Belnave et Angel Couprie sont libérés à Compiègne (2). Depuis le camp de Compiègne, les 6 premiers noms cités sont en fait déportés à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Le préfet est très surpris d'apprendre ce transfert, il demande des explications aux autorités allemandes. Le 31 juillet 1942, il fait part de son mécontentement au ministre de l'intérieur : « II me semble difficile d'admettre que ces otages, dont l'arrestation n'a été due qu'au hasard, soient victimes à nouveau du manque de coordination existant entre deux services allemands. Une promesse a été faite. Une ordonnance de libération a été prise, la promesse doit être tenue et l'ordonnance exécutée. C'est pourquoi je vous demande de bien vouloir intervenir auprès des hautes autorités de police allemande, de la façon la plus pressante, pour que les personnes figurant sur la liste ci-jointe comme ayant été envoyées dans des camps de travail soient effectivement et définitivement libérées ». Le 5 septembre 1942, les autorités allemandes viennent de faire savoir au préfet que les otages arrêtés en mai seront libérés, une lettre du secrétaire général de la police à Paris en fait foi. Le 24 septembre 1942, le maire de Romorantin adresse une attestation affirmant, qu'à sa connaissance Moïse Bodin n'a jamais appartenu au Parti communiste, ce père de 5 enfants « jouit de la sympathie générale pour son travail et ses qualités de chef de famille ». Le 6 février 1943, le maire de Romorantin, à son tour, écrit au ministre de l'intérieur pour connaître le lieu de détention des otages. Malgré de nombreuses démarches auprès des Allemands, il lui a été impossible d'obtenir une réponse. Le 16 février 1943, le ministre lui fait savoir qu'il a demandé à la délégation générale du gouvernement d'effectuer une démarche auprès des autorités occupantes. Le 24 février 1943, le maire rend compte de ses démarches aux épouses des otages : «Encore dernièrement, j'ai fait une démarche pressante à Paris auprès du président de la Croix-Rouge française, une autre auprès du préfet délégué du ministère de l'intérieur dans les territoires occupés. Aucun résultat n'a encore été acquis ». Depuis le 16 juillet 1942, les familles sont sans nouvelles, elles avaient alors reçu un avis imprimé provenant du Frontstalag 122 de Compiègne les avisant que les otages avaient été changés de camp (2).
Une lettre du Préfet aux maires, le 20 décembre 1943,  transmet la réponse "aux pressantes démarches auprès des autorités d'occupation". Celles-ci informent le Préfet "que les otages de Romorantin ont été conduits dans un camp allemand où la correspondance entre détenus et leurs parents est interdite" 3).

Annexe 1 : les 4 jeunes communistes
Jean Roblin

coll AM Romorantin

Jean Roblin, né le 17 mai 1921 à Romorantin, est ouvrier aux établissements Normant. Ex-secrétaire de la Jeunesse communiste de Romorantin, il fonde les FTP du Loir-et-Cher et participe à plusieurs actions armées contre les occupants. En septembre 1941, avec « Claude », interrégional de la « JC », Max Thenon et Guy Dartois, il fait dérailler un train de tanks à Langon. Après la fusillade de Romorantin, il se cache dans la ferme de Claude Auger. Le 2 avril 1943 il est arrêté par la police française à Millançay, ainsi que ce dernier. Il tente en vain de s’évader. Condamné à mort, il est fusillé le 8 octobre 1943 à Saint-Jean-de-la-Ruelle (d’après Le Maitron notice Julien Lucchini). « Arrêté chez, et avec, Claude Auger qui le cachait au Petit-Bois sur la route d'Orléans. Menottes aux mains, à Romorantin, il réussit à s'échapper en saisissant un vélo le long du trottoir. Il fut intercepté dans la Grande Rue par des commerçants. Il fut fusillé le 8 octobre 1943 au Fort des Groues près d'Orléans » Jean Châtelain (1).
Guy Dartois, né à Lanthenay le 22 janvier 1921. Sa notice biographique du Maitron indique « avait abattu avec Max Thenon deux Feldgendarmes à Romorantin en mai 1942 ».  Commissaire militaire régional d’Indre-et-Loire. Arrêté le 5 avril 1943, il est déporté depuis Compiègne vers Buchenwald le 27 janvier 1944. Rescapé, il est libéré à Dora.
Max Thenon (pseudonyme Michel) est l’un des fondateurs du premier maquis FTPF du Cher (Le Maitron).  Arrêté, il s'est évadé en sautant d'un train après s'être réfugié chez Claude Auger. Il continua son activité résistante et survécut à la guerre. Jean Châtelain (1).
Jacques Guilbaud, né à Romorantin le 31 décembre 1920. « Il milita très jeune dans les Jeunesses Communistes de Romorantin dont il devint le responsable avant la guerre. Il vendait « l'Avant Garde » en compagnie de Roger Morand qui vendait « l'Humanité ». En juillet 1941, ses antécédents l'amenèrent à quitter Romorantin pour Paris où il s'engagea dans les pompiers. Il continua ses actions militantes et échappa à l'arrestation à diverses reprises, pour finalement être dénoncé, sous la torture, par un de ses camarades. Ce dernier avait abattu un policier venu arrêter une militante communiste qui, sur un marché de Bicêtre, exhortait à la Résistance. Il fut emprisonné en novembre 1942 et déporté le 14 mai 1944 à Buchenwald. Les Américains pénétrèrent dans le camp alors que les détenus l'avaient déjà libéré le 11 avril 1945. Jacques Guilbaud avait survécu » Jean Châtelain (1).

Annexe 2 : Les fusillés

Ce sont 11 otages communistes qui sont fusillés au champ de tir des Groues à Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret), en représailles à « l’attentat ». Six sont fusillés le 5 mai 1942 (Marc Auger, Roger Leclerc, Maurice Lelièvre, Roger Morand, André Murzeau et Jacques Rivet). Le chiffre de six était incertain pour certains auteurs, mais il est confirmé par la dernière lettre de Roger Morand à son épouse le 5 mai et par le courrier du Préfet à la délégation de Paris du ministère de l'intérieur le 5 mai.
Cinq autres sont fusillés le 9 mai (Bernard Amiot, Guy Cacault, Pierre Mandart, Roger Morand et Maurice Page). 
Bernard Amiot : Né le 29 avril 1921 à Mont-Près-Chambord (Loir-et-Cher). Ouvrier métallurgiste, militant communiste. Il est arrêté le 4 août 1941 à Mont-près-Chambord par la police française pour propagande communiste clandestine et condamné à quatre ans de prison par la Section spéciale d’Orléans (Loiret). Il est fusillé le 9 mai 1942.
Marc Auger : Né le 8 mai 1922 à Saint-Romain-sur-Cher (Loir-et-Cher). Electricien ; Membre du Parti communiste clandestin. Arrêté le 11 août 1941 à Mignières par la police française pour « communisme et distribution de tracts ». Il est condamné le 20 septembre 1941 à cinq années de prison par la Section spéciale d’Orléans. Il est fusillé le 5 mai 1942.
Guy Cacault : Né le 15 mai 1919 à Blois (Loir-et-Cher). Maçon, militant communiste.
Fils d’une ouvrière en chaussures, célibataire. Guy Cacault, résidant à Blois, fut arrêté, avec dix autres personnes, le 7 août 1941 à Blois par la police française pour « activité communiste ». Il est condamné à cinq années de prison par la Section spéciale d’Orléans (dépendant de Vichy). Il est fusillé le 9 mai 1942.
Roger Leclerc : Né le 14 avril 1920 à Vierzon (Cher), journalier de l’industrie métallurgiste à Vierzon ; militant communiste. Il est fusillé le 5 mai 1942.
Maurice Lelièvre, Né le 5 avril 1921 à Fourchambault (Nièvre), manœuvre dans l’industrie. Jeune communiste, membre du Front national, il transportait et distribuait des tracts édités par le Parti communiste. Arrêté le 14 avril 1942 à Vierzon (Cher) par la gendarmerie française. Il est fusillé le 5 mai 1942.
Pierre Mandart : Né le 5 novembre 1920 à Paris (6ème), mécanicien ajusteur. Membre du Parti communiste clandestin. Il est fusillé le 5 mai 1942.
Roger Morand

coll AM Romorantin
Roger Morand : Né le 19 juin 1912 à Romorantin (Loir-et-Cher). Secrétaire des JC de Romorantin. Il s’était marié en 1936. « Le 30 mai 1941, Roger Morand, 28 ans, agent des lignes P.T.T., demeurant rue des Limousins, est arrêté suite à la découverte de tracts communistes sur la route de Selles-sur-Cher à Romorantin. Incarcéré à Blois, Orléans et Poissy, Roger Morand tombe sous les balles d'un peloton d'exécution à Orléans le 5 mai 1942. Le journal « le Travailleur » d'août 1945 a publié la dernière lettre de Roger Morand à sa femme Paulette et ses enfants Marcel et Michelle : « Je vous envoie mes dernières nouvelles car ce matin je vais être fusillé en représailles des attentats commis à Romorantin sur la personne de deux soldats allemands. Hier, on est venu nous chercher à Poissy pour nous amener à Orléans, nous six jeunes du Loir-et-Cher » (in SAHAS bulletin n° 177, page 79). Il est fusillé le 9 mai 1942.
André Murzeau : Né le 4 novembre 1919 à Saint-Dyé-sur-Loire (Loir-et-Cher). Couvreur ; jeune chrétien militant dans un réseau des Jeunesses communistes clandestines. Arrêté en juillet 1940. La Section spéciale d’Orléans le condamne le 20 septembre à trois ans de prison. Il est fusillé le 5 mai 1942. « Ce fut le début des exécutions massives d'otages. Ce fut aussi la période ou nos jeunes n'acceptèrent plus passivement les arrestations. Le stade de la propagande et des sabotages était désormais dépassé. Bien sur, nous savions que pour un Allemand tué, cinq des nôtres mourraient parmi les meilleurs. Mais nous savions aussi que nos camarades arrêtés avaient très peu de chance de revenir vivants, l'arrestation signifiant bien souvent la mort. André Murzeau était agé de 22 ans, quand on vint le chercher dans son cachot à poissy, pour le conduire au peleton d'exécution. Avant mourir il put écrire a sa maman, une lettre pleine de tendresse ».
Sa dernière lettre : Mardi 5 mai 1942. Ma chère maman, C’est avec beaucoup de peine pour toi que ce matin je vais être fusillé. Oui, en effet, hier, vers 3h30, les autorités allemandes venaient nous chercher à Poissy, Cacault, Morand, Mandard, Augé, Amiot et moi, ceci pour l’affaire de Romorantin. Enfin, bref, il est maintenant 5h30 et à 7h40, agenouillé devant 12 canons de mousquetons, je rendrai mon âme à Dieu, car je crois que je le mérite un peu, après les 9 mois de souffrances endurées en prison... Tu peux dire à mes amis que je meurs en vrai Français et en homme. Quant à celui qui m’a mis dedans, je ne peux en parler... Dommage quand même à 22 ans ! ... Tous mes camarades présents ici sont forts aussi... Enfin, tout mon cœur est à toi, ma chère maman et garde-le avant qu’il ne soit haché par les balles des Mausers... Heureusement pour moi, j’ai été arrêté avant de me marier, cela fera une veuve de moins. Ton fils qui t’aime et qui meurt en Français ! Dédé. Vive la France libre ! Courage aux amis.
Maurice Page : Né le 19 juin 1912 à Saint-Firmin-sur-Loire (Loiret), arrêté le 1er novembre 1941 par les autorités allemandes. Il aurait chanté « L’Internationale » dans les rues, et était considéré comme communiste.
Condamné à un an de prison le lendemain et interné à la prison d’Orléans (Loir-et-Cher). Il est fusillé le 9 mai 1942.
Jacques Rivet
Jacques Rivet, Né le 26 octobre 1921 à Montargis (Loiret), charbonnier, débitant de boissons. il était marié et père de trois enfants (AD18).  Militant communiste de Vierzon (Cher). Il est le neveu de Roger Rivet, déporté à Auschwitz. Voir dans la biographie de celui-ci une photo de famille. Il est fusillé le 5 mai 1942.
Georges Devin, né le 16 juillet 1901 à Courtempierre (Loiret), est lui aussi fusillé le 9 mai 1942 à Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret). Cultivateur il a été arrêté sur dénonciation pour « détention illégale d’armes et de munitions » (on trouve chez lui un fusil de chasse et une carabine). Il ne semble pas qu’il ait appartenu à un réseau de la Résistance. Georges Devin est condamné à mort le 9 avril 1942.
  • Note 1 : Article de M. Jean Châtelain paru dans le bulletin 149 de la Société d’histoire et d’archéologie de la Sologne.
  • Note 2 : Article de Mme Hélène Leclert paru dans le bulletin 177 de la Société d’histoire et d’archéologie de la Sologne (pages 79 à 82).
  • Note 3 : Extraits d’un article de madame Thérèse Gallo-Villa, publié dans le n° 33 de février 2017 du Bulletin édité par "Les Amis du Musée et du Site de Tasciaca" (repris du blog privé « Tharva »). 
  • Note 4: Marcel Cherrier et Michel Pigenet citent : « Lelièvre, Rivet, Leclerc, puis Godard, Bidot, Bavouzet, Loth et Masse ». Les trois premiers natifs ou habitant le Cher sont bien fusillés le 5 mai 1942 en représailles à la fusillade de Romorantin, mais André Bavouzet, Marcel Bidot et Gabriel Godard, sont fusillés plus tard, le 21 septembre 1942 au Mont-Valérien en représailles à l’attentat du cinéma Rex (Quarante-six otages furent exécutés et incinérés. Journal de Franz Stock).
Autres sources
  • Yves Durand et Robert Vivier : « Libération des pays de la Loire », Hachette littérature. 1974) in SAHAS n° 147.
  • Enquête - transmise à la commission d’histoire de la FNDIRP - réalisée en 1977 par M. Georges Larcade, président de l’ADIRP du Loir-et-Cher auprès des familles de résistants et déportés.
  • Livre de Marcel Cherrier et Michel Pigenet « Combattants de la Liberté - la Résistance dans le Cher ».
  • Notices biographiques de fusillés publiés par Le Maitron (dictionnaire biographique du mouvement ouvriet et mouvement social.
  • Archives départementales du Loir-et-Cher. 1477 W 2.
  • Avis paru dans La Dépêche du Berry du 8 mai 1942, détaillant les mesures de répression suite à la fusillade.
Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon. Janvier 2018

Emile Drouillas : organisation, action clandestine… et arrestation



Récit tiré de l’ouvrage « Emile Drouillas, dit Laporte, militant ouvrier » de Jeanne Roquier-Drouillas et Renée Thouanel-Drouillas, ses filles. Voir sa biographie dans le blog : Emile Drouillas

Démobilisé après avoir été blessé, Emile Drouillas a reçu une permission de convalescence de 30 jours pour le Limousin où il est né, département situé en zone non occupée. Il y entend parler du bombardement de Rennes le 17 juin 1940. Il est sans nouvelle de sa femme et de ses filles et décide de remonter en Bretagne au plus vite. Sa famille, ses camarades de jeunesse lui conseillent de rester en zone libre. Sa tante Drouillas qui a reçu une lettre de Marthe Drouillas peut enfin le rassurer. « Malgré tout, Emile rentre reprendre ses responsabilités chez lui ». « J'ai fait le voyage caché dans un train de marchandises, grâce à un camarade cheminot », dit Emile Drouillas.

Le récit qui suit a été rédigé par l’aînée de ses deux filles, Jeanne, les deux sœurs s'étant partagé les chapitres.

« Les émotions passées, le premier souci de notre père a été de retrouver du travail. L'entreprise Dehé lui a redonné son chantier de la voie ferrée sans difficulté. C'est là que... très facilement et très normalement il a repris contact avec les cheminots communistes. 
Il assiste à une de leurs premières réunions clandestines... Cupif se souvient. « Elle a eu lieu chez Sevestre (1), rue Pierre-Martin vers la fin juillet, en 1940 bien sûr. Nous étions onze. En plus de nous trois, Sevestre, Drouillas et moi, il y avait le père Riffault, Colleu (2), le père Rolland, Charlot Leroy... Sevestre avait reçu des directives de Paris ; il s'agissait d'organiser le recrutement des jeunes et de préparer des actions de sabotages pour gêner les Allemands. 
Il fut décidé qu'en tant que responsable départemental, Drouillas ne participerait pas lui-même à l'action sur les voies ferrées. Il était chargé des contacts et de l'organisation d'une aide extérieure ». 
Aristide Mentec (3) se souvient, lui, d'une réunion pour laquelle il est venu de Fougères avec Lemarie (4) et Favart. Ils ont retrouvé Emile, place de la Mission et sont allés dans une maison vers le Pigeon Blanc, route de Nantes. Là, dans une mansarde où ils ont retrouvé d'autres camarades, ils ont organisé le travail clandestin, chacun devait essayer de glaner des renseignements. La boite aux lettres était chez Riffault. Cette organisation fonctionne sur un territoire réduit jusqu'à l'arrivée de Auguste Havez qui est chargé par le Comité Central de coordonner les actions pour le nord de la Bretagne, alors que Marcel Paul est responsable du sud avec pour centre : Nantes. Robert Ballanger, lui aussi vient à Rennes : il s'occupe du Parti et de ses groupes de résistance armée de fin 1940 à mai 1942. Est-ce à un de ces trois envoyés de Paris que Marthe fait allusion quand elle raconte : « Un soir, un grand homme trapu est rentré dans le magasin. Il a demandé à voir Emile. Il avait un pull-over en laine avec des poignets repliés. De ce pli d'une manche, il a sorti un papier pas plus gros que du papier à cigarettes. Il l'a donné à Emile qui l'a lu... deux fois. Puis l'homme l'a replacé dans sa manche, il a parlé un peu, de tout, de rien, puis s'en est allé.
Emile a pris son vélo et est parti à son tour sans rien dire ».
Est-ce ce soir-là qu'il a discuté avec une personnalité importante de Paris sur le bord du canal en face des Tanneries ?
Il semble que pendant cette période, en plus des camarades de tout le département, Emile ait rencontré beaucoup de personnes telle Renée Neveu qui a adhéré en 1935 à Rennes, mais depuis a rejoint la capitale. Mais ce sont toujours des rencontres brèves, par petits groupes, sur lesquelles nous savons, en fait, peu de choses. Peu à peu, les groupes de trois se forment. La plupart des volontaires sont des membres du Parti ou des Jeunesses Communistes.
C'est ainsi que Emile transmet consignes et matériel à Jean-Marie Bras et Albert Martin, qu'il se trouve en contact avec René Perrault et  Jean Rouault, tous les deux  cheminots et responsables chacun d'un groupe, qu'il travaille avec Henri Bannetel, étudiant en médecine, lui-même associé à Le Herpeux et Olive.
De plus Henri Bannetel est le courrier entre Paris et Rennes... Il fait plusieurs fois le voyage.
Il recrute aussi d'autres jeunes pour former de nouveaux groupes de trois. Parmi eux, Jules Lebrun, fils, puis son frère Rémy alors âgé de seize ans.
Ils ont une façon bien à eux de s'emparer des armes des officiers allemands, dans les vestiaires des cafés.
La famille Lebrun est alors logée à l'école du Cercle Paul-Bert, rue de Paris, puisque Jules Lebrun, père, en est le directeur... Là, sont cachées les armes récupérées, sous le toit de la chapelle (4) ; là, sont souvent hébergés les responsables nationaux en mission (5).
Depuis son retour de la zone libre et sa démobilisation en septembre... Emile est très surveillé. Souvent, au magasin, nous avons la visite de deux policiers français en civil : un grand rouquin et un autre, toujours les mêmes ; et cela, parfois, quand Emile est au travail. Les policiers se plantent dans un coin et surveillent les allées et venues. Un jour, ils laissent une convocation, il faut qu'Emile se rende le soir même à la Préfecture où est installée la Kommandatur. Il a obéi, bien sûr, très calmement. En chemin, il rencontre Marcel Modot, lui dit où il va... Aussitôt celui-ci se propose pour l'aider.- Va tranquille. Je vais surveiller ta sortie, si tu n'es pas seul, j'irai prévenir ta femme. En fait, ce n'est qu'une fausse alerte, ils sont revenus tous les deux à la maison.
L'arrestation
Et puis, la situation s'aggrave brutalement avec l'invasion de l'Union Soviétique, le 21 juin 1941 par les troupes allemandes.
La chasse aux « rouges », aux communistes s'intensifie. Notre père sent certainement l'étau se refermer sur lui, même si apparemment, il est toujours aussi calme, et même s'il continue à m'obliger de manger les poireaux qui sont dans ma soupe. Le dimanche 29 juin, comme tous les dimanches, nous allons route de Vern cultiver le jardin que nos parents louent et qui leur permet d'avoir des légumes frais et bon marché à vendre à l'épicerie. 
Au jardin de la Poterie, la veille de son arrestation, avec la famille Dodin .
A gauche Emile et sa femme, ses deux filles devant lui,
A droite la famille Dodin ("mastc" et ses 5 enfants)
La famille Dodin (Gaston dit Mastic, peintre en bâtiment, sa femme Germaine, et leurs cinq enfants) vient nous rejoindre... Comme il fait beau, on prend des photos... C'est pourtant rare à cette époque de prendre des photos ! Le soir, nous rentrons tard, papa pousse une brouette chargée de légumes et de fruits, maman a la poussette de ma petite sœur ; moi, je tiens un bras de la brouette alors que Kiki, le chien, est attaché à l'autre et tire. En passant route de Châteaugiron, devant chez Hardy, maman dit : - Je m'arrête un peu, je vais aux nouvelles. Nous, nous continuons notre route... Papa se détourne souvent, on s'est même arrêté deux fois avant la rue Richard-Lenoir. Assieds-toi un peu, tu dois être fatiguée, me dit-il. Mais il maugrée entre ses dents. Mais qu'est-ce qu'elle fait ? Une voiture allemande arrive, nous reprenons notre route. Maman ne nous rejoint qu'à la maison. - Eh bien, tu en as mis du temps ! Tu n'es pas raisonnable, tu me laisses seul avec la gosse... et si il m'était arrivé quelque chose, qu'aurait-elle fait ? J'en reste pantoise, je n'ai jamais assisté jusque-là à une telle scène. Il faut dire que Jean Rouault, René Perrault, Henri Bannetel, sont déjà arrêtés. Le lendemain, 30 juin, sur le chantier, on vient le prévenir... C'est son tour... Mais il n'a pas voulu partir sans nous embrasser, sans ranger ses papiers pour qu'on n'ait pas d'ennuis. Il est revenu à la maison, comme d'habitude, il a simplement glissé à l'oreille de maman : « Prépare mes affaires, je pars cette nuit ». Et puis, on est passé à table. Il est aux environs de 20 heures, le magasin est toujours ouvert... Soudain, la porte est poussée brutalement, un bruit de bottes, papa se lève rapidement, va au devant des visiteurs... Maman me saisit par le bras, me fait passer ainsi que Renée par la porte de derrière. – « Va, emmène ta soeur dans la cour ». J'obéis, moi aussi, j'ai reconnu le pas des Allemands ; c'est d'ailleurs ce que j'ai dit à Mme Chevalier, notre voisine du deuxième étage, descendue en hâte. « Eh bien, les enfants, vous pouvez jouer tard maintenant, il fait beau ». – « On ne joue pas... Mais les Allemands sont à la maison et maman ne veut pas que Renée les voie ». Quelques minutes passent. Un bruit de porte qui s'ouvre, je reconnais fort bien que c'est la nôtre, celle de derrière ; c'est alors que Mme Chevalier prend Renée dans ses bras, me pousse dans l'escalier. - Oh, c'est mon petit Yves qui est tout seul, il est sûrement tombé de sa chaise, venez avec moi. Tout en disant cela, elle monte et me pousse vite, très vite... et pourtant... ; Pas assez vite pour m'empêcher de voir mon père, en bras de chemise, passant au pied de l'escalier, avec le canon du fusil d'un soldat allemand braqué dans son dos. Alors... j'ai pleuré. (J'ai appris, plus tard, que mon père avait demandé à aller aux W.c. et c'est là qu'il se rendait quand Je l'ai vu.) Et puis, maman nous a rappelées... - Viens embrasser ton père... mais ne pleure pas, il ne faut pas lui enlever son courage. Elle aussi prend Renée dans ses bras et me pousse devant elle jusque sur le trottoir où papa est déjà... prêt à monter en voiture. Et voilà. La voiture est partie vers une destination inconnue, la vaisselle est ramassée, maman ferme le magasin et nous sortons toutes les trois. Nous n'allons pas loin, à cinquante mètres peut-être, ruelle Degland, chez Jean Honoré... C'est chez cet ouvrier de Ouest-Eclair que j'entends pour la première fois : Ici Londres, les Français parlent aux Français".
  • Note 1 : Marcel Sevestre, né le 1er avril 1896 à Rennes, cheminot. Militant syndicaliste CGTU puis CGT ; militant communiste, puis secrétaire fédéral. Décédé  le 26 mars 1965 (Le Maitron).
  • Note 2 : Jean Colleu, né le 10 septembre 1903, serrurier à Rennes. Secrétaire de l’Union locale unitaire, candidat du Parti communiste lors des élections municipales de Rennes en 1935 et aux législatives à Vitré (Le Maitron).
  • Note 3 : Aristide Mentec, né le 30 août 1895, coupeur en chaussures ; secrétaire du syndicat CGTU de la Chaussure et de la cellule communiste de Fougères en 1932, conseiller prud’homme. Décédé le 18 mai 1982 (Le Maitron).
  • Note 4 : Joseph Lemarié, secrétaire du syndicat CGTU du Bâtiment de Fougères), fut candidat sur la liste communiste aux élections municipales de 1935 (Le Maitron).
  • Note 5 : Le siège du Cercle Paul-Bert est un ancien couvent.
  • Note 6 : Jules Lebrun, fils, ajusteur aux chemins de fer, participe au déraillement de trains de marchandises allemands entre Dieppe et Rouen. Il prend part au sabotage des voies, exécute un officier allemand en plein jour, rue de l'Horloge à Rouen, effectue des transports d'armes entre Rennes et Rouen. Arrêté en décembre 1942, incarcéré à Dieppe et Rouen. Il est transféré à Paris où il est délivré par les F.F.I. le 15 août 1944. Il reprend Immédiatement le combat : Il participe à la Libération de Paris. Il est blessé le 2 septembre et décède le 2 octobre 1944. Il est homologué lieutenant de la Résistance. Rémy Lebrun est arrêté par la police spéciale de Morellon, chez ses parents, le 1er mars 1942. Après diverses prisons en France, il est incarcéré au camp de Compiègne en avril 1944 et déporté à Mathausen en Autriche, Kommando de Melk-Ebensée. Il sera libéré le 6 mai 1945. Quant aux parents, ils sont déplacés d'office par l'Académie et envoyés à Pluneret à côté de Sainte-Anne-d'Auray (Jeanne Roquier-Drouillas et Renée Thouanel-Drouillas).